édito 20 | 11 | 2008

Au secours : le lyssenkisme est de retour

Un an et quatre jours après les révélations du président de la République concernant ses « doutes sur les bénéfices sanitaires et environnementaux des OGM », l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa/Aesa) a mis un terme à la pantalonnade française sur les OGM. Dans un document particulièrement bien étayé, elle a rejeté sans ambiguïté chacun des arguments présentés par la France pour justifier l’interdiction du maïs transgénique MON 810 de Monsanto. A chaque interrogation soulevée par la clause de sauvegarde, et après minutieux examen, l’agence européenne conclut que « les experts français n’apportent aucune nouvelle preuve scientifique ». Cet avis n’a rien de surprenant : il confirme celui de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), qui indiquait le 30 avril dernier que « les maïs portant l’événement de transformation MON 810 et leurs produits dérivés présentent le même niveau de sécurité sanitaire que les variétés de maïs conventionnelles et que leurs produits dérivés ». Avec la publication de ces deux avis, personne ne pourra honnêtement prétendre que la décision du chef de l’Etat – inspirée par l’aile écolo-radicale de son gouvernement – repose sur une réflexion scientifique. Elle est en effet le pur produit d’un choix politique, maladroitement maquillé sous une prétendue expertise à laquelle quelques chercheurs en mal de notoriété ont bien voulu se prêter. Ceci porte un nom : le lyssenkisme. Trofim Lyssenko, sombre personnage de l’époque stalinienne, avait fait envoyer au goulag les scientifiques « adeptes de la science bourgeoise, fausse par essence », alors que lui-même recevait les honneurs et les médailles du pouvoir pour sa contribution à la « science prolétarienne, vraie par définition ».

Certes, le ministre de l’Environnement, Jean-Louis Borloo, ne s’est pas livré à de tels excès. Il s’est « contenté » d’obtenir la dissolution de la Commission du génie biomoléculaire, et du haut de son statut d’avocat, il appelle maintenant les scientifiques de l’agence européenne à « actualiser leurs méthodes d’évaluation ». Pour le ministre français, les experts de l’Efsa ne peuvent pas être compétents puisqu’ils ne partagent pas ses inquiétudes. La prochaine étape sera-t-elle la mise au pas de l’Afssa, considérée par les amis écologistes de M. Borloo comme trop « pro-OGM » ?

En réalité, le ministre se moque bien des scientifiques, sauf de ceux qui peuvent servir sa cause ! Ainsi, il a trouvé normal que sa secrétaire d’Etat, Nathalie Kosciusko-Morizet, remette le 28 mai dernier la médaille de Chevalier de l’Ordre National du Mérite à Gilles-Eric Séralini. N’est-il pas curieux que ce soit le ministère de l’Environnement – plutôt que celui de la Recherche – qui attribue un prix pour une « contribution scientifique dans le domaine de la biologie » ? À moins que NKM – à l’origine de cette distinction – n’ait voulu remercier son « expert » pour sa participation au combat anti-OGM. La contribution de Gilles-Eric Séralini se situe en effet au coeur même de la clause de sauvegarde, déposée exactement à la même époque. Et qu’importe que les « arguments scientifiques de la clause de sauvegarde -aient- montré leur limite », comme le note sévèrement le sénateur UMP Christian Demuynck : le ministre de l’Environnement a fait savoir que le gouvernement français camperait sur ses positions lors du prochain Conseil des ministres européens ! En clair : après avoir pris les Français pour des imbéciles, Jean-Louis Borloo tente le coup avec les autorités communautaires...

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