Coup de froid sur le Giec

édito 02 | 03 | 2010

Coup de froid sur le Giec

Depuis que les serveurs informatiques de l’Unité de recherche sur le climat de l’Université d’East Anglia (Royaume-Uni) ont été piratés par des hackers, le 19 novembre 2009, les affaires embarrassantes ne font que s’accumuler pour le président du Giec, Rajendra Pachauri. « Climat : les scientifiques ont-ils menti ? », n’hésite plus à titrer La Tribune, tandis que le climatologue français Jean Jouzel, numéro deux du Giec, admet que depuis la diffusion de ce qu’il est désormais convenu d’appeler le « Climategate », « le doute gagne du terrain ».

Certains estiment qu’aucun des mails diffusés suite au piratage n’apporte une quelconque preuve de dysfonctionnement. « Rien, dans ces mails, ne remet en cause le fait scientifique que le réchauffement est réel et que les activités humaines en sont presque certainement la cause », écrit la revue Nature. D’autres, comme David King, l’ancien conseiller scientifique de Tony Blair, accusent les hackers de faire partie d’une opération pilotée par une agence de renseignement, dont le but aurait été de saboter le Sommet de Copenhague sur le climat. Rajendra Pachauri, lui, dénonce les lobbies en tout genre, qui seraient responsables de cette machiavélique machination.

Or, à peine le Sommet terminé, voilà que le prix Nobel de la Paix doit faire face à une nouvelle critique. Et pas des moindres ! En effet, le dernier rapport du Giec prévoit que les glaces d’altitude de l’Himalaya « pourraient disparaître d’ici 2035, voire avant ». Or, cette date émane non pas de travaux scientifiques, mais du WWF, qui s’était inspiré pour cette prévision d’un article de presse publié en 1999. De surcroît, le WWF indiquait l’échéance de 2350, et non 2035 ! Mais le scandale ne porte pas tant sur la confusion des dates que sur le manque de rigueur évident des rédacteurs du rapport du Giec. Forcés de reconnaître leur « regrettable erreur », ces derniers ont dû présenter leurs excuses...

Pour le Sunday Times, l’affaire n’est toutefois pas close. L’hebdomadaire britannique croit savoir qu’il existe un lien entre l’erreur commise par le Giec sur les glaciers himalayens et les levées de fonds d’un institut indien de recherche, le TERI, dont le patron est... Rajendra Pachauri ! Le président du Giec aurait ainsi mis en avant la disparition des glaces himalayennes pour susciter une dotation d’une fondation américaine, la Carnegie Corporation. Stéphane Foucart, journaliste au Monde et ardent défenseur de la théorie du réchauffement climatique, a contre-enquête.

Pour lui, le TERI est vierge de tout soupçon, et l’institut de Pachauri n’aurait jamais approché la puissante Carnegie Corporation. Des propos confirmés par George Soule, le responsable de communication de la fondation, qui admet néanmoins que la Carnegie Corporation « a approuvé un financement unique de 500 000 dollars au Global Center, un centre de recherche basé en Islande ». Le Global Center aurait ensuite de sa propre initiative décidé de s’associer au TERI... Mais là ne s’arrêtent pas les problèmes du patron du TERI. Également auteur de Retour à Almora, un roman qui relate les aventures érotiques d’un ingénieur spécialisé dans le climat et préoccupé par la fonte des glaciers himalayens, Rajendra Pachauri a choisi pour éditeur Mukesh Ambani, le richissime patron indien de la société pétrolière Reliance Industries. Et son livre a fait l’objet d’une flamboyante fête de lancement, financée par la filiale indienne de la multinationale britannique BP, par ailleurs grande donatrice de... TERI ! Et dire que certains accusent encore le lobby du pétrole de financer les « climato-sceptiques »...

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