Courageux, Bruno Le Maire ?

édito 12 | 01 | 2012

Courageux, Bruno Le Maire ?

Le ministre de l’Agriculture a-t-il des intérêts dans la société suisse Syngenta ? Au regard de son traitement du dossier du Sonido, l’insecticide de Bayer, on pourrait se poser la question.

Depuis 2008, les producteurs de maïs ne disposent que d’une seule solution de traitement de semences contre le taupin : le Cruiser de Syngenta. Une situation qui n’est souhaitable ni du point de vue agronomique (une variété des matières actives étant toujours préférable), ni du point de vue commercial (le jeu de la concurrence étant toujours bénéfique). Voulant revenir sur ce marché, Bayer a développé dès les années 2000 une alternative : le Poncho. Alors que Bruno LeMaire a toujours fait savoir qu’il souhaitait favoriser la libre concurrence, il n’a jamais accordé à ce produit son autorisation de mise sur le marché (AMM). Et ce malgré un avis positif de l’Anses rendu en janvier 2010.

Ayant pris acte de cette situation, Bayer s’est lancé dans le développement d’une autre molécule, le thiaclopride, qui possède un excellent profil environne- mental. Autorisée en Allemagne sur certaines cultures en période de floraison, la molécule est particulièrement « soft » pour les abeilles. Le Sonido –c’est le nom du produit commercial– a ainsi reçu de l’Anses un avis favorable le 16 août 2011. Transmis à la Direction générale de l’alimentation, le dossier a en- suite été présenté pour signature au ministre de l’Agriculture, avec l’aval de sa directrice, Pascale Briand. Tout semblait donc réglé. D’autant plus que du côté du ministère de l’Environnement, le Sonido n’était pas un sujet de discorde. Bref, l’essentiel du monde agricole se félicitait de pouvoir bientôt disposer de plusieurs solutions.

Pourtant, aucune autorisation de mise sur le marché n’a été signée. « Bruno Le Maire fait le mort », a indiqué une source ministérielle à A&E. Pire, la simple évocation de ce dossier plonge le ministre dans une surprenante colère. À tel point que ses plus proches collaborateurs se déclarent aujourd’hui totalement impuissants. On évoque l’ascendance d’un coach sur le ministre. On s’amuse à inventer un pourvoir occulte de Syngenta, qui profiterait de son « monopole ». Bien entendu, tout ceci n’est que boutades. Si tel était le cas, Bruno LeMaire ne s’obstinerait pas en effet à bloquer l’homologation du Cruiser sur maïs doux, qui est en revanche autorisé sur maïs ensilage et maïs grain... Pire, le ministre refuse son autorisation dans le cadre de la lutte contre Diabrotica... alors que le Cruiser est autorisé contre le taupin !

La réalité, elle, est beaucoup plus banale. Contrairement à son prédécesseur, Michel Barnier, qui avait eu le courage d’autoriser le Cruiser, Bruno Le Maire a peur. Il refuse de prendre une décision qu’il estime –à tort– pouvoir mettre en péril sa carrière politique ascendante. Son cas ressemble à s’y méprendre à celui d’un certain Hervé Gaymard, qui avait sans raison valable –si ce n’est pour éviter de comparaître devant le juge Guary– suspendu le Régent et le Gaucho. Et dont la promesse d’un bel avenir politique avait été brisée... par un appartement de 600 m2. Ce n’était que justice : une telle pusillanimité est précisément le fait d’hommes politiques sans caractère et sans courage. Donc sans avenir. Dommage.

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