Le professeur Le Foll agace

édito 18 | 02 | 2016

Le professeur Le Foll agace

Usé, épuisé, en plein burn-out, Stéphane Le Foll –qui selon son entourage serait « essoré par la crise agricole »– n’a toutefois pas manqué son rendez-vous annuel avec les principaux acteurs des filières végétales, les 26 et 27 janvier derniers à Reims. Lors de ce Sommet du végétal 2016, l’ambiance était plutôt morose. Pour la troisième année consécutive, les cours des céréales ne permettent pas aux producteurs de dégager un revenu positif, alors que les grands économistes parisiens avaient annoncé le contraire. C’est notamment ce qui avait conduit le ministre à effectuer des arbitrages financiers stupides, qui ont eu pour effet d’affaiblir ces filières. Alors qu’il aurait fallu les renforcer. C’est ce qu’ont fait nos principaux concurrents, et notamment les États-Unis, avec un FarmBill nouvelle version dont l’objectif clairement revendiqué est de protéger la production et les producteurs, en leur donnant les outils nécessaires à leur développement. Le prix de ces trois années de mauvaises analyses macro-économiques franco-françaises, sous le haut patronat de Stéphane Le Foll, avec son projet d’agro-écologie et ses groupements d’intérêt économique et environnemental, est lourd. Trop lourd.

Sans surprise, la liste des doléances, présentée par Philippe Pinta, le président d’Orama, a donc été longue et précise. Redistribution aux 50 premiers hectares, verdissement, régions intermédiaires à faible potentiel, assurance climatique, irrigation, etc., point par point, le ministre a tenté de rassurer. À chaque réponse, il s’est montré conciliant et ouvert au dialogue. Il a même promis de s’engager aux côtés de la filière pour défendre à Bruxelles le dossier des NBT (New Breeding Technologies), déclarant que celles-ci ne devaient pas entrer dans la directive qui réglemente les plantes transgéniques. Mais le discours du ministre n’a pas été audible. Il est vrai que ce dernier a largement épuisé son capital de confiance. Et qu’il a de surcroît commis une double faute politique majeure.

Sur le dossier d’Écophyto, Stéphane Le Foll a en effet tenté de faire croire aux exploitants agricoles professionnels qu’en dépensant moins en intrants, ils gagneraient en revenu. Philippe Pinta s’est senti obligé de rappeler au ministre que « dans les cours d’économie des lycées agricoles, les élèves apprennent les notions d’économie aussi élémentaires que sont les marges nettes et les marges brutes ». Plutôt remonté, Xavier Beulin a pour sa part demandé au ministre s’il pensait vraiment qu’« on s’amuse à épandre des produits phytosanitaires sans raison ». Façon courtoise de lui demander d’arrêter un instant de prendre les agriculteurs pour des demeurés...

Deuxième maladresse, Stéphane Le Foll s’en est pris aux coopératives, les accusant de pousser au-delà du nécessaire l’usage des produits phytosanitaires afin d’augmenter leurs revenus. Il a juste oublié que la salle était composée dans son immense majorité de... coopérateurs, qui ont bien entendu reçu ces propos comme une véritable insulte. « Le ministre semble de plus en plus loin des réalités que vivent les producteurs et les acteurs des filières. Pas étonnant qu’on n’avance pas ! », a déploré Daniel Peyraube, vice-président d’Orama et président de l’AGPM. Incontestablement, les leçons du professeur Le Foll agacent.

Crise agricole Ecophyto politique