Cruiser : le « oui, mais » du ministre (bis)

édito 14 | 01 | 2010

Cruiser : le « oui, mais » du ministre (bis)

La récente décision du ministère de l’Agriculture de prolonger l’autorisation du Cruiser pour seulement un an frise le pathétique. « Soit le produit est dangereux et il faut l’interdire, soit il a démontré sa sûreté vis-à-vis des abeilles et il doit être homologué pour dix ans, comme tout autre produit de protection des cultures », a commenté avec raison Christophe Terrain, président de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). Qu’importe qu’aucun effondrement des ruches n’ait été constaté alors que le produit de Syngenta a été utilisé cette année sur plus de 500 000 ha ! Il plane sur le Cruiser le spectre paralysant de deux traitements de semences accusés d’être responsables d’effondrements dramatiques d’abeilles : le Gaucho et le Régent.

Faut-il rappeler que jusqu’à l’interdiction de ces deux produits, les apiculteurs affirmaient constater une véritable hécatombe, qui menaçait « les jours de l’homme » ? L’Union nationale d’apiculture française avait même pour l’occasion inventé une citation, qu’elle avait attribuée sans vergogne à Einstein, trompant ainsi le monde entier. Car tous les moyens étaient permis pour convaincre. « Dès les quatre premiers jours, on constate des effondrements de populations d’abeilles butineuses, sans mortalité apparente », expliquait Frank Aletru, apiculteur vendéen, tandis que son ami Philippe de Villiers, toujours très inventif, se rappelait avoir entendu crisser, « sous la semelle, un tapis d’abeilles mortes ». Des récits contradictoires dont la presse s’est abondamment fait le relais, et qui ont façonné l’esprit du grand public sur la responsabilité de ces produits – une responsabilité jamais démontrée. À court d’arguments, leurs détracteurs en sont rendus aujourd’hui à évoquer leur rôle possible dans l’affaiblissement immunitaire des abeilles. Quel chemin parcouru depuis les premières accusations !

Or, rue de Varenne, les faits sont parfaitement connus. Les travaux de l’Afssa, comme les multiples études internationales, sont disponibles et décortiqués. L’excellent rapport parlementaire du député Martial Saddier a clairement mis en évidence la complexité de la filière apicole et les causes multiples des mortalités d’abeilles. Là n’est plus la question. D’ailleurs, la principale contrainte qui entourait encore le Cruiser a été levée, puisque le produit est désormais utilisable tous les ans sur une même parcelle, et non plus tous les trois ans. Et son efficacité contre l’oscinie, les pucerons et les cicadelles a été reconnue, élargisssant ainsi son spectre d’action.

Alors pourquoi une autorisation pour une seule campagne ? Et surtout pourquoi une « homologation en catimini », c’est-à-dire sans réunion préalable du comité de suivi « post-homologation Cruiser », comme s’interroge le Syndicat des producteurs de miel de France ? La réponse semble évidente : comme son prédécesseur, Bruno Le Maire est encore mentalement l’otage du Grenelle de l’environnement. La simple crainte d’une confrontation avec un quarteron d’associations écologistes suffit à lui faire perdre tout sens des réalités. Car sur le terrain, dans les campagnes comme dans les cités, rares sont ceux qui prennent encore au sérieux la comédie des militants anti-Cruiser, dont le discours réductionniste ne fait plus recette. Voilà pourquoi, Monsieur le Ministre, un peu plus de volonté n’aurait pas fait de mal...

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