édito 21 | 08 | 2005

Davantage de PAC et davantage d’Europe, Monsieur Blair !

Tony Blair est fâché : 43% du budget de l’Europe sont consacrés à l’agriculture - soit 50 milliards d’euros -, ce qui est beaucoup trop à son goût. Or, ces chiffres n’ont rien d’étonnant, la Politique Agricole Commune (PAC) étant, avec les fonds structurels destinés aux régions pauvres, la seule politique entièrement fédéralisée. Si les Vingt-Cinq avaient décidé de faire de l’éducation une politique européenne, celle-ci pèserait quinze fois plus que la PAC. De fait, le soutien à l’agriculture ne représente que 0,5% environ du PIB de l’Union. Pas de quoi en faire un plat !

Pourtant, poussé par sa mauvaise foi coutumière, M. Blair déclare qu’il préfère utiliser « l’argent européen pour des emplois, pas pour les vaches ! » Ce qui correspond - à budget constant - à déshabiller Paul pour habiller Pierre.Quant au président de la Commission du Bundestag pour les affaires européennes, Matthias Wissmann, il propose ni plus ni moins de renationaliser une partie du budget de la PAC. C’est-à-dire de renoncer à l’unique politique commune européenne !

Tout cela parce qu’aucun pays n’est réellement prêt à consacrer plus d’1% de son budget national à l’Europe, austérité et restrictions financières obligent. La même logique d’économie avait plongé dans les oubliettes le projet des grands travaux d’infrastructures proposé en 1993 par Jacques Delors dans son fameux Livre blanc sur la croissance, la compétitivité et l’emploi ». Plus récemment, ce raisonnement a transformé les belles paroles de l’Agenda de Lisbonne - qui devaient permettre à la recherche et au développement de bénéficier d’un large appui - en promesses évaporées.

Voilà l’impasse dans laquelle les contraintes fiscales du fameux Pacte de stabilité et la politique monétaire restrictive de la Banque centrale européenne engagent l’Europe. Or, la Banque centrale devrait précisément servir à financer les nombreux projets dont l’Europe a besoin. Car si l’on veut construire l’Europe, il faudra peut-être un jour s’en donner les moyens. C’est ce que Guilo Tremonti, le ministre des Finances italien, avait déjà souligné le 9 juin 2002, lors de la publication du document intitulé « Action européenne pour la croissance ». A cette époque, une commission spéciale baptisée « Groupe Van Miert » avait recommandé la réalisation de dix-neuf projets prioritaires, pour un investissement total de 500 milliards d’euros, soit dix fois le montant de la PAC. Monsieur Blair et ses amis libéraux n’en ont pas voulu.

En conséquence, la PAC est restée la seule politique commune où l’investissement public sert le bien commun. Dans un entretien accordé au quotidien Gazeta Wyborcza, Marek Belka, le Premier ministre polonais, explique d’ailleurs qu’« en Pologne, [les subventions de la PAC] génèrent des changements. Grâce à elles, même les exploitations agricoles les plus petites ont augmenté leur pouvoir d’achat, ce qui permettra à l’avenir de créer de nouveaux emplois non agricoles à la campagne (...), seule chance de résoudre les problèmes de la campagne polonaise.  » Comme quoi l’Europe a plus que jamais besoin de la PAC, Monsieur Blair.

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