De Trèbes à Villeneuve-sur-Lot, la désindustrialisation est en marche

édito 15 | 07 | 2013

De Trèbes à Villeneuve-sur-Lot, la désindustrialisation est en marche

En apparence, il n’existe aucun lien entre l’élimination du candidat socialiste aux élections partielles du 16 juin dernier à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne) et la suspension des travaux d’extension d’une usine de production de semences située dans la ville de Trèbes (Aude). Là, le tribunal administratif a stoppé un chantier suite à une requête déposée par des voisins « très incommodés par cet énorme site industriel qui arrive maintenant au fond de leur jardin ». Bien conseillés par Me Hélène Bras, en charge du dossier et avocate du militant décroissant José Bové, une dizaine de riverains ont donc réussi à stopper l’expansion d’une usine au motif que « le nombre de camions allait augmenter ». Comme s’il y avait trop de camions dans un département qui accuse un taux de chômage de 14% ! Et c’est pire à Villeneuve-sur-Lot, où le taux de chômage atteint déjà 17%. Ces deux départements font partie des plus touchés par la crise économique. Ce qui explique bien davantage les scores importants du Front national qu’un prétendu éparpillement des voix à gauche, dû à la présence d’Europe Écologie-Les Verts (EELV).

Bien entendu, le gouvernement actuel n’est pas le seul responsable de cette situation catastrophique. Pour preuve, en juin 2012, la candidate UMP de la circonscription incluant Trèbes avait été sortie dès le premier tour des élections législatives par le candidat FN Robert Morio. À Trèbes, comme à Villeneuve-sur-Lot, le parti de Marine Le Pen surfe sur la désagrégation sociale consécutive à la désindustrialisation que subit la France depuis plusieurs décennies. On ferme les usines, on arrête les projets en cours et on supprime les outils indispensables à une agriculture moderne et compétitive. Autrement dit, on est dans la décroissance et le chômage, et non pas dans le redressement productif. Or, quoi qu’en disent Cécile Duflot, Noël Mamère et José Bové, la décroissance, c’est précisément le programme d’EELV. Plus exactement, c’est le cœur de l’écologie politique : moins d’aéroports, moins d’usines, moins d’autoroutes, moins de camions, et plus de coquelicots, de papillons et de vers de terre.

« Tirer toutes les leçons de ce scrutin », comme le souhaite le président Hollande, c’est avant tout reconnaître qu’une écrasante majorité d’électeurs ne veulent plus d’un tel projet. Or, l’allié écolo du gouvernement – aujourd’hui insignifiant en termes de voix– représente un frein à la réindustrialisation de la France. Comme le révèle un sondage mené par Viavoice pour EELV, même les sympathisants du parti de Cécile Duflot déplorent que le programme écologiste soit « en décalage avec la réalité économique ». « L’idée que l’écologie créerait des emplois n’est pas comprise », explique dans Les Échos le directeur de Viavoice, François Miquet-Marty. Et pour cause !

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