édito 26 | 06 | 2007

Des intoxications bien naturelles...

Ce n’est un secret pour personne : la mode est aujourd’hui au naturel. Ce qui explique le succès actuel des médicaments à base de plantes, du millepertuis contre la dépression à la petite pervenche pour oxygéner le cerveau, en passant par l’ortie contre la chute des cheveux, le séné contre la constipation ou la valériane pour bien dormir. Bref, toutes les plantes, ou presque, apporteraient leur lot de vertus curatives. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le marché mondial de la phytothérapie, en pleine expansion, s’élevait déjà à plus de 70 milliards de dollars en 2003. Or, avertit l’OMS, « on observe des cas de plus en plus nombreux d’effets indésirables chez les patients utilisant des phytomédicaments ».
De fait, ceux-ci font régulièrement des victimes.

Après avoir recensé un décès et sept cas d’effets cardiovasculaires et neurologiques, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a ainsi interdit en août 2004 les produits issus de la plante chinoise ma huang. Plus récemment, elle a retiré l’autorisation de mise sur le marché de traitements à base d’actée agrappe, une plante utilisée dans le traitement de la ménopause. Elle a également interdit l’utilisation de l’aristolocha, une plante pouvant entraîner des complications au niveau des reins. Cette décision n’est pas étrangère à la condamnation prononcée le 25 mai dernier par la chambre d’appel correctionnelle de Toulouse à l’encontre de Max Rombi, l’ancien PDG du groupe de phytothérapie Arkopharma. Ce dernier avait été mis en cause par deux jeunes femmes qui avaient absorbé, dans le cadre d’un régime amincissant, des gélules à base d’aristolocha, au début des années 1990. Quelques années plus tard, elles avaient été atteintes d’insuffisance rénale et avaient dû subir une greffe des reins.

Suite à la multiplication des alertes, l’Europe a enfin décidé de procéder à la réévaluation des plantes entrant dans la composition des médicaments. Travail d’autant plus titanesque que celles-ci contiennent de nombreuses molécules, possédant chacune des principes actifs très différents (comme la lavande, qui contient plus de 200 molécules, parmi lesquelles les coumarines, aux propriétés antiœdématiques). La consommation « brute » d’une plante induit donc celle de l’ensemble des molécules qu’elle contient. En outre, il y a nécessairement un risque de sous ou de surdosage dans la mesure où l’on ne connaît pas la dose exacte du principe actif ingéré. S’y ajoute le fait que la composition d’une plante varie d’un spécimen à l’autre, et qu’elle dépend aussi du terrain, des conditions de croissance, de l’humidité, de la température et de l’ensoleillement. D’où l’intérêt de la pharmacologie, dont les immenses progrès ont permis d’extraire exclusivement le principe actif recherché, de le synthétiser puis de le doser avec précision. Une démarche qui préside également à la fabrication des pesticides de synthèse, qui pour cette raison même, apportent davantage de sécurité que les pesticides naturels.

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