édito 26 | 01 | 2006

Des magistrats bien savants !

Le 12 janvier 2006, le Tribunal correctionnel de Versailles a relaxé neuf faucheurs volontaires, poursuivis pour destruction d’une parcelle de maïs transgénique sur le site de l’Institut national de la recherche agronomique. Pour l’Inra, il s’agissait de vérifier l’homogénéité et la stabilité des semences OGM, dernière étape avant l’inscription au catalogue français d’un maïs Bt. Accusés de « destruction et dégradation d’un bien appartenant à autrui », les prévenus n’ont pas nié les faits. Pour les magistrats, l’infraction répond cependant « à l’état de nécessité ». Leur verdict est conforme au jugement rendu le 9 décembre dernier par le Tribunal correctionnel d’Orléans, qui a estimé que l’état de nécessité provient de « la diffusion incontrôlée de gènes modifiés qui constitue un danger actuel et imminent, en ce sens qu’elle peut être la source d’une contamination affectant des cultures traditionnelles ou biologiques ». Diantre, voilà des magistrats bien savants ! Visiblement plus savants que le collège d’experts qui a recommandé au ministre de l’Agriculture d’autoriser ces essais, jugeant qu’ils ne présentaient aucun danger ; plus compétents que le ministère de l’Ecologie, qui les a validés ; mais surtout, plus qualifiés que les chercheurs de l’Inra, dont le travail, selon Jacques Testard - l’un des témoins du procès de Versailles -, « n’est pas de la science » ! « De toute façon, les cultures OGM en plein champ ne sont pas l’aboutissement d’une démarche scientifique », renchérit Benoît Ducasse, de la Confédération paysanne. Ceci explique peut-être pourquoi le prétendu risque de contamination des semences trangéniques peut être plus « correctement » évalué par des magistrats que par des chercheurs appartenant à une institution publique...

A moins qu’il ne s’agisse, pour les juges de Versailles et d’Orléans, d’une question de principe. Mais alors, l’incendie de 446 voitures pendant la dernière nuit de la Saint-Sylvestre ne relève-t-il pas du salut public, puisqu’il signe la destruction d’engins responsables de la mort d’une personne toutes les cent minutes ? Plutôt que la prison, ses auteurs méritent la Légion d’honneur, pourraient plaider leurs avocats. Ces derniers pourraient même évoquer le devoir de désobéissance civile face au refus de la société de prendre en considération leurs revendications sociales.

Or, le jour même de la relaxe des faucheurs volontaires à Versailles, la Commission européenne a rendu public son tableau de bord de l’innovation. Celui-ci signale que la France « est en position de faiblesse dans les secteurs de haute intensité technologique, mais qu’elle perd aussi du terrain dans les secteurs traditionnels.  » Si cette tendance se confirme, notre pays se situera bientôt en dessous de la moyenne des 25 pays de l’Union, qui elle-même est largement inférieure à celle des Etats-Unis et du Japon. Et la liste va s’allonger, comme le confirme la toute récente autorisation de l’Iran - devançant la Chine - à commercialiser pour la première fois un riz OGM.

Pour sa part, la France pourra toujours exporter son « excellence » en matière de justice...

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