édito 08 | 10 | 2004

Des OGM aux chasses d’eau !

Sur les 80 millions d’hectares cultivés avec des semences OGM dans le monde, les faucheurs volontaires ont détruit cet été environ 4 hectares, soit 0,0000005%. Très médiatisés en France, ces actes de vandalisme n’ont pas fait la une des médias à Washington, à New-Delhi ou à Pékin. Pas plus que la destruction d’un MacDo en 1999 n’a infléchi la politique extérieure américaine sur le roquefort. Véritables combats d’arrière-garde, de telles actions ne stopperont pas une technologie irréversible, qui s’imposera tôt ou tard à l’ensemble de l’Europe. Ce n’est d’ailleurs pas leur objectif. « OGM, malbouffe, gaucho, agriculture productiviste, y’en a marre », affichaient sur une de leurs banderoles les quelque quarante personnes qui ont manifesté le jeudi 16 septembre à Lyon, devant le siège de Monsanto. Le combat contre les OGM s’inscrit bien dans une autre logique.
Au-delà d’une réponse légale ferme - car quoi qu’en disent les avocats de José Bové et de Noël Mamère, les saccages de l’été ne relèvent ni de la désobéissance civile, ni de la non-violence -, une réponse politique est également nécessaire. Toute innovation scientifique provoque naturellement méfiance et suspicion ; cependant, l’invention devient légitime aux yeux de la population lorsqu’elle répond à un objectif collectif. L’innovation nécessite donc un débat, dont ni l’industrie, ni le politique, ne peuvent faire l’économie. Il est vrai qu’à l’instar du développement de l’énergie nucléaire dans les années 60, le débat sur les OGM est resté très idéologisé, monopolisé principalement par les extrêmes. Les actions des faucheurs volontaires sont d’autant plus répréhensibles qu’elles ne font qu’aggraver cette situation.
Cependant, il ne faut pas se tromper de débat et cantonner le sujet à son seul aspect technique. Derrière le refus de la société moderne, technologique et productiviste, d’un prince Charles ou d’un Teddy Goldsmith, véritables instigateurs - à travers les nombreuses fondations et ONG qu’ils con-trôlent - de la vague verte mondiale, se cache une idéologie totalement réactionnaire. Au centre de son combat : le développement économique considéré comme « socialement destructeur ». « La croissance économique est destructrice pour les écosystèmes constituant l’écosphère ou monde naturel », écrit Teddy Goldsmith dans son article Comment survivre, publié dans L’Ecologiste, Vol.3 N°2. Elle « entraîne dans son sillage un bouleversement de la vision du monde et des repères culturels ou encore de la religion cosmique auxquels les sociétés traditionnelles adhéraient ». Le milliardaire écolo défend un monde “pré-technique”, c’est-à-dire sans OGM certes, mais également sans chasse d’eau ! « La chasse d’eau des toilettes est une invention aussi redoutable que la bombe à hydrogène. Non seulement elle prive le sol d’une vaste quantité d’engrais naturels nécessaires, mais encore elle conduit à un gaspillage de nos précieuses ressources en eau. Chaque fois qu’on tire la chasse, c’est 20 litres d’eau perdus. Enfin, elle provoque la pollution systématique de nos rivières », déclare M. Goldsmith dans un entretien avec Sophie Lannes publié dans l’Express, et disponible sur www.ecologist.org...
Après s’être attaqués aux MacDonald et aux OGM, José Bové, Jean-Emile Sanchez et Noël Mamère lanceront-ils le mouvement des CTV, les Casseurs de Toilettes Volontaires ?

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