édito 13 | 06 | 2005

Dessine-moi une autre Europe !

Le 29 mai 2005, le peuple de France a fait son choix : un « non » clair, massif, sans équivoque. Comme l’analyse Jacques Attali dans une tribune publiée le 30 mai dans l’hebdomadaire L’Express, « aujourd’hui, le temps ne devrait être ni au deuil des perdants ni au triomphalisme des vainqueurs. Le pays devrait avoir le courage de faire l’économie d’un règlement de comptes, dans chaque camp comme entre les camps. Les Français devraient se parler et ouvrir ainsi, tout de suite, une grande réflexion fraternelle sur leur identité et leur projet commun.  » Ils réaliseraient alors « qu’ils sont beaucoup moins divisés qu’ils ne le croient sur l’essentiel ; ils comprendraient qu’ils veulent en fait presque tous une France tolérante, audacieuse, libre, jeune, ouverte au monde, profondément européenne. Et ils affirmeraient aussi, avec fierté, leur refus d’échanger leur formidable système de protection sociale et leurs services publics, bâtis au cours de luttes séculaires, contre un inconnu continental.  »

Cet « inconnu continental » n’inquiète d’ailleurs pas que les Français. Les Hollandais ont également rejeté le Traité. D’après plusieurs sondages, les Allemands auraient fait de même si la question leur avait été posée, et il est fort probable que les Danois comme les Anglais suivront la même voie. Le mandat donné par la France à son Président est donc clair : devenir le porte-parole d’une autre Europe, l’actuelle étant jugée par une large majorité comme étant trop soumise aux seules lois de l’économie et d’une mondialisation qui lui échappe. Avant tout, il s’agit donc d’ouvrir un débat à l’échelle de l’Europe, et pas seulement « de donner une nouvelle impulsion à la France. » En résumé, les Français suivis des Hollandais - quelle que soit leur appartenance politique - ont lancé un appel solennel à leur exécutif : « Dessine-moi une autre Europe ! »

C’est cette demande que formule également le monde agricole, qui a voté à plus de 70% contre le texte proposé. En effet, depuis la mise en place de la première réforme de la PAC en 1992, les agriculteurs ne cessent de répéter que les lois du libre marché - qui déterminent l’orientation actuelle de l’Europe - sont incompatibles avec celles d’une agriculture vivante et prospère. Le « non » des agriculteurs ne se résume pas à un simple rejet d’une Europe trop bureaucratique. Au contraire, il traduit l’exigence d’une Europe plus forte, qui cesse de se soumettre aveuglément aux diktats de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Sans vouloir se réfugier dans un passé nostalgique, les agriculteurs souhaitent qu’on leur ouvre un autre horizon que la production au plus bas coût possible des matières premières pour l’industrie agro-alimentaire, avec un cahier des charges qui ne cesse d’augmenter.

Le moment est donc venu pour les dirigeants agricoles - tous syndicats confondus - de laisser les éternelles querelles de personnes et de carrières au vestiaire, et de se mettre autour d’une table, réfléchir et proposer un grand projet mobilisateur et fédérateur, qui réponde non seulement aux aspirations du monde agricole français et européen dans ses différentes composantes, mais aussi aux besoins alimentaires de la planète.

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