édito 23 | 07 | 2007

Discerner le vrai du faux

Finie l’époque de l’écologie bon enfant illustrée par le combat de Brigitte Bardot en faveur des bébés phoques ! Aujourd’hui, les choses sont devenues sérieuses, et la sex-symbol française des années soixante a fait place au beaucoup plus respectable sénateur américain Al Gore, propulsé « expert mondial du réchauffement climatique » depuis son échec à l’élection présidentielle. Pour ses adeptes, celui qui compare volontiers la « crise climatique » actuelle à l’ombre du fascisme qui s’étendait dans les années trente serait même « le nouveau Churchill », le sauveur des temps modernes. Lors du festival de Cannes, où il a prononcé l’une de ses nombreuses conférences - qui sont en train de faire de lui l’un des hommes les plus riches de la planète -, Al Gore s’est entendu dire par Jean-Louis Borloo que le président Sarkozy souhaitait l’impliquer dans le futur Grenelle de l’environnement. « Pour nous, Al Gore est une conscience, c’est un géant », a confessé le nouveau ministre de l’Environnement.

Et gare à ceux qui restent sceptiques face aux affirmations du rôle de l’homme dans le « réchauffement climatique global » ! Car les faits seraient incontestables, et la communauté scientifique, unanime. A tel point qu’Al Gore exige dans son dernier livre, The Assault on Reason, que l’on « arrête de tolérer le rejet et la distorsion de la science ». « Nous devons insister pour mettre un terme à l’utilisation cynique de pseudo-études reconnues comme fausses et dont l’objectif est d’embrouiller de façon intentionnelle la capacité du public de discerner le vrai du faux », a-t-il renchéri. La vérité ne se conteste pas et le doute est prohibé, voire indécent.

Mais alors, pourquoi affirmer, comme le fait le « prophète de l’écologie » dans son film Une vérité qui dérange, que les neiges du Kilimandjaro disparaissent à cause du réchauffement climatique, alors qu’en novembre 2003 la revue Nature publiait un article démontrant que ce phénomène est causé par la déforestation des contreforts de la montagne ? Privé de l’humidité de la forêt, le vent s’est en effet asséché, entraînant une baisse des précipitations. Pourquoi Al Gore prétend-il que le réchauffement climatique serait également à l’origine de l’augmentation des tornades et des ouragans, alors que même le Panel intergouvernemental sur le changement climatique (PICC) a déclaré en février dernier qu’il n’y avait pas de lien scientifiquement établi entre l’un et l’autre ? Chris Landsea, l’un des plus éminents spécialistes des ouragans, a publié le 1er mai dernier une étude démontrant que l’activité des ouragans n’est pas plus forte aujourd’hui que dans les décennies précédentes. Cette analyse est confirmée par son collègue William Gray, qui a mis en évidence la nette diminution du nombre d’ouragans importants ayant atteint la côte atlantique des Etats-Unis depuis quarante ans. Enfin, comment expliquer l’affirmation du sénateur selon laquelle le niveau des océans risque d’augmenter de six mètres en raison de la fonte des glaces du Groenland, alors qu’une étude du Journal of Glaciology parue en 2005 démontre que « la plaque de glace du Groenland s’amincit sur les bords et augmente à l’intérieur des terres, ce qui provoque un léger gain de masse » ? Fin 2006, les chercheurs de l’Institut météorologique danois ont même souligné que les deux dernières décennies ont été les plus froides que le Groenland ait connues depuis les années 1910 !

« Discerner le vrai du faux », prêche Al Gore. Voilà effectivement un préalable indispensable si l’on ne veut pas transformer le Grenelle de l’environnement en pure mascarade.

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