Du vert au bleu marine

édito 25 | 03 | 2011

Du vert au bleu marine

Il y a à peine un an, le trio gagnant avait pour noms Daniel Cohn-Bendit, Éva Joly et José Bové, et la couleur en vogue était plutôt le vert. Depuis, le bleu marine s’est imposé. C’est ce qu’indiquent les derniers sondages, qui ont suscité une multitude de commentaires. Or, le succès d’Europe-Écologie, et désormais du Front National nouvelle version, prend sa source dans un mouvement commun de rejet de la politique telle qu’elle est incarnée par des élus qui semblent avoir perdu tout sens des réalités. Incontestablement, Nicolas Sarkozy a davantage déçu qu’il n’a réussi à rassembler, et le PS n’arrive toujours pas à présenter une alternative
crédible.

Certains reprochent au Président son discours sur les Rroms ou l’islam, qui au final ne ferait qu’alimenter « les peurs dont Mme Le Pen fait son miel », comme le décrypte le chroniqueur au Monde Gérard Courtois, et comme le regrette Dominique de Villepin. Ces deux fins analystes négligent toutefois une autre erreur stratégique impardonnable commise par le locataire de l’Élysée, à savoir le Grenelle de l’environnement. En effet, dans un premier temps, ce dernier a permis à l’écologie radicale de sortir de sa marginalité, rendant populaires les discours apocalyptiques en tout genre : la mondialisation menace notre alimentation ; les multinationales organisent sournoisement le contrôle du monde ; la science et l’industrie – de l’agriculture – souillent notre terre et contaminent nos sols. Non seulement le progrès scientifique est au banc des accusés, mais l’essentiel des organismes de contrôle, pourtant mis en place par nos institutions républicaines, sont régulièrement accusés de corruption. Ainsi, la solution serait le retour aux « vieilles méthodes traditionnelles », aux semences rustiques et aux variétés de nos grands-mères. Manger du boeuf argentin ou des haricots du Kenya serait devenu l’expression d’un comportement irresponsable, alors que s’alimenter auprès de l’Amap locale constituerait un acte de bravoure citoyen. Le local face au mondial. Le bien face au mal. Au final, la peur remplace la raison, la suspicion se substitue à la confiance et l’anti-parlementarisme s’installe. Bové, Cohn-Bendit et consorts ont largement entretenu cette situation. Mais aussi certains journalistes, comme Isabelle Saporta avec son Livre noir de l’agriculture, l’incontournable Marie-Monique Robin avec Notre poison quotidien et une partie de la presse parisienne, qui fait un large écho à ce genre de propos.

Dans un deuxième temps, l’inévitable s’est produit. Car tout ce petit monde a oublié une vérité simple : parce qu’elle joue sur la peur, l’écologie politique est profondément populiste et réactionnaire. D’ailleurs, dans les années de l’après-guerre, les pionniers français de l’agriculture biologique étaient plus proches de Pierre Poujade (qui a lancé la carrière politique du père de Marine, en 1956) que de Léon Trotski.
Et les fondateurs historiques de Nature & Progrès avaient pour auteurs préférés les chantres de la « terre qui ne ment pas », comme Henri Pourrat et Jean Giono, et non Mao avec son petit livre rouge. Déjà, ils défendaient le petit paysan face aux multinationales. Déjà, ils fustigeaient l’agrochimie. Déjà, ils avaient peur du futur et dénonçaient les élites « corrompues », cherchant dans le repli national la voie du salut.
Il est donc tout naturel que le discours alarmiste sur la santé et l’environnement qui a suivi le Grenelle de l’environnement ait participé à ce climat national d’angoisse et de peur, qui fait le jeu du FN. Marine Le Pen, qui s’oppose aux OGM et à Monsanto, le sait pertinemment et en profite. D’où l’effondrement – en tout cas dans les sondages – des Verts... et la percée du bleu marine !

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