Ecologie politique : François m'a tuer !

édito 06 | 08 | 2012

Ecologie politique : François m’a tuer !

Les apparences peuvent être trompeuses. Ainsi, au premier regard, le parti des écologistes ne s’est jamais aussi bien porté. Deux de ses responsables occupent aujourd’hui des ministères : celui de l’Égalité des Territoires et du Logement pour son ex-porte-parole Cécile Duflot, celui du Développement pour le député européen Pascal Canfin. Pour la première fois de leur histoire, les écologistes ont pu constituer un groupe au Sénat –dont la présidence a été confiée à l’ancien compagnon de Cécile Duflot, Jean-Vincent Placé– et un autre à l’Assemblée nationale. Enfin, les caisses désespérément vides du parti pourront désormais se renflouer grâce à la cagnotte provenant des résultats des législatives. Europe-Écologie touchera ainsi chaque année plus de 3,5millions d’euros, soit près d’1,7million d’euros de plus qu’en 2007. Un véritable don du ciel pour un parti qui se trouvait au bord de la faillite il y a moins d’un an ! Autant dire qu’au siège d’EELV, le sourire est de rigueur. Pourtant, personne n’est dupe. Et surtout pas le très lucide député européen Daniel Cohn-Bendit, qui a livré ses pensées dans un entretien accordé au quotidien Libération. « On existe à l’Assemblée, au Sénat et au gouvernement, mais plus dans la société. Nos succès institutionnels ne sont pas accompagnés, bien au contraire, d’une dynamique citoyenne. Notre image est devenue détestable. Nous avons échoué là où on voulait redonner espoir en faisant de la politique autrement. Aujourd’hui, nous incarnons souvent l’insoutenable légèreté de l’arrivisme », écrit Dany-le-Vert. Il n’a pas tort. Faute d’adhésion populaire de citoyens qui ont plutôt déserté le parti, les Verts ne seraient rien sans l’accord brillamment négocié avec le Parti socialiste par le sénateur EELV de l’Essonne, Jean-Vincent Placé. Autrement dit, EELV doit tout au PS qui, comble du paradoxe, n’a strictement pas besoin de lui pour gouverner ! Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a donc les coudées franches pour faire ce qui lui plaît. Une situation étrangement semblable à celle du président Mitterrand, qui avait magistralement su étreindre le Parti communiste pour mieux le faire décliner par la suite.

En revanche, Jean-Marc Ayrault pourra difficilement redresser la situation économique française sans l’apport indispensable du monde agricole. C’est-à- dire des agriculteurs, mais aussi des entreprises situées en amont et en aval. La nomination de Stéphane Le Foll à un ministère baptisé à bon escient « ministère de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire » n’est pas étrangère à cette réalité. D’ailleurs, elle a été saluée par l’ensemble des dirigeants agricoles responsables, qui attendent beaucoup du nouveau ministre. Ils sauront être des partenaires solides. Ce qui ne semble pas être le cas des associations écologistes. Six d’entre elles (notamment le WWF-France, la Fédération nationale de l’agriculture biologique et la Ligue pour la protection des oiseaux) accusent déjà Stéphane Le Foll d’être à l’origine d’une « incompréhensible régression sur les enjeux environnementaux », au motif qu’il s’est opposé à la proposition de la Commission européenne d’allouer au minimum 25 % des fonds européens à des mesures agro-environnementales à l’agriculture biologique et aux zones soumises à des contraintes naturelles. « On est très déçus », a commenté Isabelle Laudon, responsable des politiques européennes au WWF. Déjà ?

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