Et si demain, le Maroc importait du maïs français ?

édito 13 | 12 | 2010

Et si demain, le Maroc importait du maïs français ?

S’il est un marché mondial en pleine expansion, c’est bien celui du maïs !
Pour la deuxième fois de son histoire, cette céréale – la première produite et consommée dans le monde – a franchi la barre des 800 millions de tonnes récoltées. Et la demande ne cesse de croître. En 2000, elle se situait aux alentours de 600 M/t, pour dépasser dix ans plus tard les 800 M/t, soit une croissance annuelle de 4 %. Or, tirée d’une part par les pays émergents, où la consommation de viande blanche augmente, et d’autre part par les biocarburants, cette croissance n’a certainement pas atteint son plafond.

Le marché international du maïs est dominé par trois acteurs : les États-Unis, qui exportent invariablement depuis plus de dix ans entre 15 et 20 % de leur production chaque année (soit environ 50 M/t ) ; l’Argentine, avec 11 M/t disponibles à l’exportation, et qui va recommencer à fournir du maïs à la Russie, après une interruption de plus de 30 ans ; et enfin le Brésil, avec 7 M/t. À eux seuls, ces pays concentrent 70 M/t des 80 M/t que représentent les échanges mondiaux. Ce qui correspond à 90 % du marché. À 150 dollars la tonne, le maïs américain fait donc entrer plus de 7 milliards de dollars de devises, et avec les prix exceptionnels de 2010 (250 dollars la tonne), ce chiffre pourrait dépasser les 12 milliards de dollars. L’Union européenne, elle, est importatrice de maïs. Les 27 pays de l’Union produisent environ 57 M/t, pour une consommation de 60 M/t. Premier producteur européen avec 15 M/t, la France a traditionnellement orienté ses exportations vers les pays de l’Union européenne. Un marché proche, stable et facile d’accès.

Pourtant, il existe bien d’autres destinations possibles pour le maïs français. Notamment le Maroc, qui importe 100 % de son maïs grain, soit presque 2 millions de tonnes. Aujourd’hui, ses fournisseurs sont les États-Unis, le Brésil et l’Argentine. Or, le Maroc importe déjà d’Europe, et de France en particulier, des quantités considérables de céréales. Essentiellement du blé, mais aussi de l’orge. « Entre 2002 et 2010, 23 % des importations marocaines de céréales étaient françaises, dont 50 % en ce qui concerne le blé tendre », note Yann Lebeau, chef de mission Maghreb-Afrique chez France Export Céréales. Pour la campagne 2009-2010, les importations de blé tendre d’origine française pourraient représenter 1,5 million de tonnes. « Nous entretenons d’excellentes relations commerciales avec la France ; un pays ami avec qui nous partagons une histoire commune », confirme Youssef Ben Osmane, directeur général de Graderco, l’une des plus importantes sociétés de négoce de céréales de Casablanca. « Cette année, notre société va
importer plus de 300 000 tonnes de blé de France. Alors pourquoi pas demain du maïs, dont les besoins au Maroc vont augmenter de 40 % dans les dix prochaines années ? ? »
, ajoute le négociant, qui apporte toutefois un petit bémol : « Pour pénétrer le marché marocain, il faut non seulement que le prix soit compétitif, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, mais aussi que la qualité physique du maïs soit au rendez-vous. C’est-à-dire qu’il possède une graine sans brisure ni poussière ». Dit de manière moins diplomatique, cela revient à affirmer que c’est encore le maïs d’outre-Atlantique qui a la cote de l’autre côté de la Méditerranée. Et que le nôtre soit non-OGM n’y change pas grand-chose...

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