Et si Éva se retirait du jeu ?

édito 14 | 11 | 2011

Et si Éva se retirait du jeu ?

Et si Éva Joly, la candidate d’Europe-Écologie, décidait finalement de se retirer de la campagne présidentielle ? L’hypothèse, audacieuse, est loin d’être farfelue. Car il n’y a pas qu’à l’Élysée qu’on pense que l’écologie, « ça commence à bien faire » ! Du côté de l’opposition, les deux finalistes aux primaires ont certes tenu à tendre la main à leurs alliés écologistes. Mais ils n’ont pas hésité, lors de leur dernier débat, à défendre pour l’un les biotechnologies, pour l’autre les nanotechnologies, indispensables selon eux pour relancer une économie en panne de croissance. De quoi faire bondir tout militant écologiste qui se respecte ! Le silence de Cécile Duflot, de Daniel Cohn-Bendit et d’Éva Joly sur ce point pourtant essentiel est à ce titre significatif. De même que la quasi absence des grands thèmes écologiques dans les débats. Ainsi, après le Sommet sur le Climat qui s’est tenu, à grand renfort médiatique, à Copenhague en 2009, celui de Cancun en 2010 n’a eu qu’un faible écho. Et plus personne ne place d’espoirs dans le Sommet de Durban, qui doit se dérouler du 28 novembre au 9 décembre prochains.

Sans aucun doute, les grands rendez-vous politiques de 2012 ne se joueront pas autour de l’écologie, mais autour de l’économie. « Retrouver l’ambition industrielle de l’ère gaullienne, refaire une société solidaire et conquérante, telle est, à six mois de la présidentielle, la question qui domine toutes les autres », note avec raison Jacques Julliard dans Marianne. Or, à ce sujet, les Verts n’ont rien de très sérieux à proposer, leur paradigme culturel étant la décroissance et non pas la croissance. Certains d’entre eux imaginent bien une illusoire « croissance verte ». Mais là non plus, nul n’est dupe. Outre-Atlantique, le Président Barak Obama a d’ailleurs déjà enterré ses promesses sur les emplois verts. Et pour cause ! Le « mirage vert » est bien réel, comme en témoigne le cas de l’entreprise américaine de panneaux solaires Solyndra, qui après avoir bénéficié de l’argent public dans le cadre du plan de relance de 2009, a dû déposer son bilan, licencier 1000 personnes et laisser aux contribuables une ardoise d’un demi-million de dollars. Même le quotidien Le Monde doit reconnaître qu’aux États-Unis, l’eldorado vert n’est pas au rendez-vous. « Un programme de garantie publique d’emprunts à hauteur de 38,6millions de dollars pour pousser le secteur énergétique à développer les nouvelles technologies propres, censé créer 65 000 nouveaux emplois, s’avère n’en avoir généré que 3 545, alors que la moitié de la dépense a déjà été débloquée », relate le quotidien.

De ce côté-ci de l’Atlantique, les 600000 emplois verts promis par Jean-Louis Borloo ont du plomb dans l’aile. Suite à une demande de la CFDT et de la CGT, le cabinet Syndex a montré le revers de la médaille : la destruction d’emplois dans les filières traditionnelles, générée par le durcissement des obligations environnementales. Et ses conclusions sont sans appel. « Le solde net de créations d’emplois pour 2020 serait plus proche des 60 000 que des 600000 annoncés en fanfare », déplore Jean-Pierre Bompard, délégué à l’environnement pour la CFDT. Plombé par la surenchère environnementale de ces dernières années, face à des concurrents européens de plus en plus productifs, le monde agricole sait, lui aussi, que l’écologie dogmatique coûte cher et rapporte peu.

On comprend pourquoi l’écologie commence à lasser, y compris au sein de la popu- lation. D’où la tentation des Verts de négocier avec le PS afin d’obtenir un groupe parlementaire, plutôt que de réaliser un résultat dérisoire à l’élection présidentielle. Avec, de surcroît, le risque de faire passer Marine Le Pen au second tour.

politique

Articles analogues