Farines animales, PAT et mauvaise communication

édito 21 | 07 | 2011

Farines animales, PAT et mauvaise communication

« En France, personne n’est pour la réintroduction des farines animales », a indiqué le Syndicat national des industriels de la viande (Sniv-SNCP), suite à la polémique provoquée par l’avis du Conseil national de l’alimentation (CNA) à ce sujet. De son côté, Bruno Le Maire a immédiatement pris l’engagement de ne pas réintroduire ces farines tant qu’il serait ministre de l’Agriculture. En réalité, tout ce petit monde prépare la levée de l’interdiction d’usage non pas des farines animales, mais des protéines animales transformées (PAT).

On peut s’interroger sur la subtile différence qu’il y aurait entre ces farines animales maudites et les PAT, présentées comme un produit sans risque. D’autant plus que sur le site du Syndicat des industries françaises des coproduits animaux, il est toujours indiqué que « les PAT étaient auparavant dénommées ”farines animales” ». N’y aurait-il eu qu’un simple changement de dénomination ? Pas tout à fait, rétorque le Sniv-SNCP, qui établit une réelle distinction entre farines animales et PAT. Pour lui, ces dernières seraient « issues d’animaux sains (cat. 3) », tandis que les premières proviendraient de « sous-produits animaux qui, aux termes de la règlementation européenne, présentent un risque pour la santé publique (cat. 1 et cat. 2) ». Autrement dit, les PAT seraient des farines animales « de luxe », qui ne porteraient pas leur nom. Ce tour de passe-passe suffira-t-il à rassurer l’opinion publique ? Rien n’est moins sûr. En témoigne un sondage réalisé sur elevage-net.fr, qui révèle que même parmi les agriculteurs, le scepticisme règne. À peine 25 % d’entre eux se disent en effet favorables à la réintroduction des PAT, y compris pour l’alimentation d’omnivores comme les volailles et les porcs.

En réalité, la filière bovine fait fausse route en faisant l’impasse sur une audacieuse campagne d’information, basée sur les connaissances acquises depuis la crise de la vache folle. Et surtout en n’expliquant pas pourquoi les farines animales, qui ont servi à nourrir les vaches, ont été accusées à tort ! Car on sait que l’agent pathogène de la vache folle se transmet par voie digestive, et que le tube digestif de la vache fait barrière ! Ce qui n’est en revanche pas le cas de celui du veau. « La source principale de la contamination n’est pas les farines animales données aux vaches, mais les croquettes – c’est-à-dire les PAT – qu’on servait aux veaux et aux agneaux », précise le Dr Jean-Louis Thillier, expert judiciaire européen et spécialiste des questions relatives à la sécurité sanitaire. Nourrir des vaches avec des protéines animales peut sembler déconcertant. Ce n’est pour autant pas irresponsable d’un point de vue sanitaire, écologique et économique.

Faute d’avocats, les farines animales n’ont jamais fait l’objet d’un procès.
Leur rôle exact dans l’éclosion de l’épidémie n’a donc jamais été clairement défini. D’où leur difficile réhabilitation auprès d’une opinion publique qui demeure mal informée sur ce dossier, et qu’on essaie, aujourd’hui, de tromper à coups de pirouettes linguistiques. Pourtant, si un dossier mérite d’être défendu, c’est bien celui des farines animales...

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