Grippe A H1N1 : Fais-moi peur, mais pas trop !

édito 10 | 09 | 2009

Grippe A H1N1 : Fais-moi peur, mais pas trop !

Fermetures d’écoles, consignation d’un paquebot de croisière, achat pour plus
d’un milliard d’euros d’un vaccin probablement inefficace, jamais une « grippette »– pour reprendre les termes provocateurs du Pr Bernard Debré – n’aura suscité une telle mobilisation de la part d’un gouvernement. Hantés par le syndrome du sang contaminé et de la canicule de 2003, les décideurs politiques ont-ils peur de ne pas en faire assez ? Ou bien les responsables de l’OMS veulent-ils racheter leurs erreurs antérieures (comme leur dramatique déni d’appréciation de l’ampleur du sida), ainsi que le suppose le Pr Marc Gentilini ? « Chaque semaine dans le monde, près de 200 000 enfants meurent de maladies. La plupart auraient pu être sauvés s’ils avaient eu accès à des médicaments ou à des programmes de prévention. Chaque année, un million de personnes meurent du paludisme dans l’indifférence quasi générale, dont 20 à 30 cas importés dans notre pays, alors que la grippe A n’a provoqué qu’un décès discutable en France », rappelle le spécialiste des maladies infectieuses, dans une tribune publiée le 6 août 2009 dans Le Monde.

Pour le Pr Gentilini, c’est surtout à une « pandémie de l’indécence » que l’on assiste. À moins que cette surréaction ne soit la conséquence d’une interprétation particulière du principe du précaution, qui rend obsolète toute évaluation rigoureuse du risque. Car c’est bien la peur d’une catastrophe humaine estimée potentiellement à plusieurs centaines de milliers de décès qui semble justifier un tel affolement. Un discours apocalyptique déjà entendu lors de crises précédentes, comme celles de la grippe aviaire H5N1 ou de la vache folle, au cours desquelles les médias, appuyés par certains « spécialistes », avaient annoncé sans la moindre retenue des millions de morts.

Pourtant, il suffit d’un peu de raison pour recouvrer son sang-froid. Quelle importance de savoir qu’un risque existe si l’on ne prend pas en compte sa probabilité d’apparition ? Certes, le risque d’une mutation – ou plutôt d’un réarrangement génomique – du virus présent, dont la souche s’avère plutôt bénigne, n’est pas nul. Celui d’un accident nucléaire ou de la chute d’une météorite sur la Terre existe également. Avant la lecture actuelle du principe de précaution, la probabilité d’occurrence et la compréhension des mécanismes d’apparition de tels phénomènes faisaient partie des éléments permettant aux décideurs de prendre des mesures adéquates. L’improbable mutation du virus A H1N1 vers une forme plus pathogène, à travers une transmission d’homme à homme, ne représente pas le vrai danger. En revanche, celui d’un réassortiment de deux souches virales (l’humaine et l’aviaire), possible principalement chez le porc suite à une cassure antigénique, est réel. Cette cassure pourrait provoquer non plus de légères mutations des neuraminidases (NA) ou des hémagglutinines (HA) du virus, mais le remplacement complet d’une de ces deux protéines NA ou HA d’une souche virale humaine donnée par une glycoprotéine équivalente d’une souche virale aviaire. « La prévention de la transmission de l’homme au porc devrait être hautement prioritaire [1] », estime le Dr Thomas Vahlenkamp, virologue à l’Institut allemand Friedrich Loeffler. En effet, les lieux potentiels de ce réarrangement sont bien les élevages porcins du monde entier, qu’ils soient intensifs ou non. Mais sûrement pas la cour de récréation de nos enfants.

[1Pathogenesis and transmission of the novel swine origin influenza virus A/H1N1 after experimental infection of pigs, J. Gen. Virol., sept. 2009.

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