édito 23 | 01 | 2007

L’agriculture : la pire des inventions ?

Chaque année, la revue britannique The Ecologist organise avec le Coady International Institute un concours récompensant le meilleur essai sur les questions d’environnement. En 2006, l’heureux gagnant est un illustre inconnu, Clive Dennis. Il est l’auteur d’un article sobrement intitulé « L’agriculture : la pire invention de l’humanité », disponible sur le site internet de The Ecologist ainsi que dans le numéro d’octobre 2006 de sa version papier.

Sans la moindre ironie, Clive Dennis se livre à un éloge dithyrambique de la société préagricole basée sur la chasse et la cueillette. Selon lui, les quelques centaines de milliers d’humains qui peuplaient alors la planète goûtaient à un bonheur paradisiaque : « Les chasseurs-cueilleurs vivaient une vie de plénitude, dans une société décrite avec justesse comme “la société originelle d’abondance” ». Mère-nature - également appelée Gaïa - veillait et « il suffisait de consacrer trois à quatre heures [à la chasse] pour subvenir à ses besoins quotidiens en nourriture ». Le reste du temps était consacré « à rendre visite à des amis, faire de la musique, danser, philosopher, jouer avec les enfants, se relaxer et dormir » ! C’est « en changeant radicalement la façon de se procurer la nourriture [que] l’agriculture nous a condamnés à une vie pire que jamais : nous avons perdu notre temps libre ; nous mangeons moins bien ; nous disposons d’une moins bonne santé et nous avons perdu notre autonomie. Pire, l’agriculture a instauré les conditions premières des guerres de grande ampleur, des inégalités, des empires, d’une société hiérarchisée, de la pauvreté, de la criminalité, des famines et des changements climatiques induits par l’homme, ainsi que des extinctions massives ». Bref, le passage de la société nomade des chasseurs-cueilleurs à la société sédentaire agricole constituerait le péché originel de l’homme !

C’est ce que Clive Dennis tente de prouver, en citant notamment dans son article l’écologiste malthusien Paul Ehrlich, auteur du livre « La Bombe P. » publié en 1968. Dans cet ouvrage, le militant américain s’insurgeait contre le développement des pays du Sud : « Pensons à ce que deviendrait l’atmosphère si 700 millions de Chinois se mettaient à conduire des automobiles ». Et d’affirmer : « La plupart de ces nations ne seront jamais, en toute hypothèse, “développées” dans le sens où le sont aujourd’hui les pays industriels d’Amérique et d’Europe. On pourrait les appeler plus correctement des nations “qui ne seront jamais développées” ». Ces propos sont en parfaite harmonie avec ceux de Clive Dennis, qui encourage l’abandon du principe même de l’agriculture pour revenir aux sources primitives de l’humanité, c’est-à-dire à cette société préagraire « idyllique », à « cette vie que nous avons perdue » : « L’agriculture nous a privés de l’héritage de la société de la chasse et de la cueillette, rendant impossible la vie dans la société égalitaire et consensuelle de nos ancêtres. A sa place, elle nous impose des structures sociales nouvelles, des structures d’aliénation et de domination, qui nécessitent l’expansion de l’agriculture ». Il conclut : « Notre vision utopiste d’un futur libéré des problèmes actuels grâce à l’ingéniosité humaine et aux compétences techniques est possible sur le papier, mais improbable dans le monde réel. Nous avons déjà commis la pire des erreurs possibles [en développant l’agriculture] et nous avons passé 10 000 ans à perfectionner cette invention désastreuse ».

On saisit mieux pourquoi tant de haine envers la science, le progrès et les OGM ! En revanche, il est plus difficile de comprendre comment The Ecologist et son petit réseau de militants extrémistes arrivent encore à bénéficier d’un quelconque crédit auprès de militants de syndicats agricoles... qu’ils tiennent précisément pour responsables du mal suprême !

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