édito 03 | 05 | 2006

L’eau tue chaque jour 4000 enfants

L’eau tue. Par excès, lors d’inondations ou de tornades, mais surtout par défaut et par insalubrité. « En vingt-quatre heures, la diarrhée provoquée par l’eau non potable et l’absence de sanitaires entraîne le décès de quelque 4 000 enfants », s’insurge Kevin Watkins, directeur du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), dans le quotidien Libération du 24 mars 2006. Le bilan annuel de cette catastrophe humanitaire correspond à deux fois la population de Marseille. Pourtant, il suffirait de « se laver les mains avec du savon » pour le réduire de moitié, comme le souligne le deuxième rapport mondial du Pnud sur l’eau, rendu public le 23 mars 2006. Au Bangladesh, 4 millions de puits tubulaires ont été installés afin d’approvisionner en eau potable 95 % de la population. Or, récemment, de fortes teneurs en arsenic y ont été décelées. Leur impact global d’empoisonnement sur la population ne sera visible qu’à plus long terme, car les effets sur la santé n’apparaissent qu’après une période d’exposition prolongée. La cause n’est ici ni l’agriculture intensive ni l’industrie, mais le fait que cet arsenic existe à l’état naturel dans les eaux souterraines. La nature n’est pas toujours la meilleure amie de l’homme !

La première mesure à prendre concernant l’eau n’est donc pas son partage, mais sa maîtrise. Il faut disposer d’infrastructures pour permettre et garantir sa salubrité. En France, nous avons l’immense privilège de bénéficier d’une eau de qualité, et de surcroît en quantité largement supérieure aux 3 000 litres nécessaires à la production de la ration alimentaire quotidienne d’une personne pendant un an. C’est la raison pour laquelle la contribution de la France au problème de la crise mondiale de l’eau réside aussi dans sa capacité d’exporter, vers les pays faiblement pourvus, de « l’eau transformée », c’est-à-dire, tout simplement, des produits agricoles. Comme l’explique Alexandre Le Vernoy, associé au groupe d’économie mondiale de Sciences Po, dans une tribune du Monde, « la production d’un kilo de maïs cultivé dans des conditions climatiques favorables, comme aux Etats-Unis ou en France, requiert en moyenne un tiers de mètre cube d’eau, contre dix à trente fois plus dans des pays plus arides comme la Libye ou le Maroc ». Dominique de Villepin fait donc fausse route lorsqu’il salue « la forte implication des agriculteurs, qui a permis de réduire significativement les surfaces en maïs au cours des deux dernières années », au motif de vouloir économiser une matière première dont nous disposons pourtant abondamment.

D’autant plus que « l’agriculture doit encore fournir davantage de produits alimentaires de meilleure qualité, tout en prélevant moins d’eau par unité de production », souligne le rapport du Pnud. Il s’agit de développer des plantes résistantes au stress hydrique pour diminuer leurs besoins en eau. Le défaut de volonté politique français, qui se traduit par un abandon de la recherche publique sur les OGM - alors que le Premier ministre déclare par ailleurs que «  l’agriculture française doit rester à la pointe du progrès » -, représente un autre grave manquement.

Dans ces conditions, il ne reste plus à nos politiciens qu’une seule voie de salut : recommander aux Français d’être plus économes avec les tuyaux d’arrosage et de remplacer les bains par des douches...

eau santé

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