L'écologie est-elle une religion ?

édito 14 | 12 | 2009

L’écologie est-elle une religion ?

Le cas est plus que singulier : afin de pouvoir poursuivre son ancien employeur pour licenciement abusif, Tim Nicholson, ex-cadre de la société d’immobilier britannique Grainger, a argué que ses convictions écologistes lui conféraient des « valeurs morales et éthiques […] similaires à celles que promeuvent beaucoup de religions du monde », assimilant par là son licenciement à une discrimination religieuse. « J’encourage tout le monde à réduire ses émissions de carbone, car je crains pour le futur de l’espèce humaine », a-t-il indiqué devant la Cour, avant d’accuser Rupert Dickinson, le directeur général de Grainger, d’avoir manifesté du « mépris » à son égard, notamment en ce qui concerne ses inquiétudes sur les conséquences « catastrophiques » du réchauffement climatique.

Sauf que pour obtenir gain de cause, M. Nicholson a d’abord dû faire reconnaître par le tribunal des prud’hommes de Londres que l’écologie, telle qu’il la pratique, est comparable à une religion. S’appuyant sur les travaux du philosophe Bertrand Russell – et notamment sur son ouvrage L’histoire de la philosophie occidentale –, le juge Michael Burton lui a finalement donné raison. Il a estimé que ses convictions concernant le rôle de l’homme dans le changement climatique s’appuyaient bien sur un raisonnement philosophique, proche d’une croyance religieuse. Pour preuve : elles affectent en profondeur son mode de vie, à travers ses choix alimentaires, sa manière de traiter les déchets, de se déplacer, et même à travers « ses peurs et ses espoirs », comme l’a souligné M. Nicholson lui-même. La conclusion du juge, publiée le 3 novembre 2009, n’est pas anodine. En effet, elle implique que l’écologie, au même titre que le christianisme, l’islam et le judaïsme, « est protégée par la réglementation de 2003 sur la religion et la foi », comme l’a indiqué Shah Qureshi, l’avocat de Tim Nicholson. Ce qui autorise ce dernier à poursuivre son ancien employeur pour licenciement discriminatoire.

Ce qui est particulièrement révélateur dans cette affaire, c’est que Tim Nicholson n’a délibérément pas inscrit l’écologie dans un courant politique, ce qui lui aurait pourtant permis d’imputer son licenciement au caractère politique de ses opinions, le rendant ainsi également illégal. Au contraire, il a choisi de dresser un parallèle avec les religions, reconnaissant par là que l’écologie n’est autre qu’une nouvelle
croyance.

Il est vrai qu’outre son catéchisme, qui prône une spiritualité faisant la part belle aux discours apocalyptiques, l’écologie possède ses gourous et ses adeptes, souvent imperméables à tout discours rationnel, mais très sensibles aux « offenses » faites à la déesse Gaïa. Pour l’écologiste, qui croit posséder la « Vérité révélée », toute opinion contraire à la sienne n’est pas supportable. Pire, elle est moralement inaudible. C’est ce qui explique le sordide dérapage de Cécile Duflot sur Europe 1. La responsable des Verts n’a pas hésité à traiter de « négationnistes climatiques » les personnes qui ne partagent pas sa croyance inébranlable dans le réchauffement climatique.

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