édito 18 | 10 | 2007

L’heure est à la parole

80,4% : c’est le pourcentage des Français qui font confiance aux agriculteurs en matière d’environnement, selon un sondage réalisé par BVA et publié dans Valeurs vertesle 24 septembre 2007. Ce chiffre mérite que l’on s’y attarde. En effet, quel secteur d’activité, sinon l’agriculture, peut se prévaloir d’avoir réussi à surmonter une longue liste de crises tout en maintenant une telle confiance des consommateurs ? Entre le scandale du poulet à la dioxine, la crise de la vache folle, la grippe aviaire, les nitrates, les pesticides et la « malbouffe », que n’a-t-on écrit sur ce secteur ? Et pourtant, les Français persistent à accorder leur confiance - avec raison - à ceux qui leur fournissent, trois fois par jour, leur nourriture. Cependant, plus de 60 % des sondés estiment ne pas être suffisamment informés au sujet des règles récemment mises en pratique pour assurer un meilleur respect de l’environnement ; alors que 95% d’entre eux jugent ce type d’information utile, voire indispensable (42%). 86% n’ont jamais entendu parler de l’agriculture de précision, 71% ne savent rien du principe des bandes enherbées et 56 % n’ont jamais entendu le terme « d’agriculture raisonnée ». Et si 99% connaissent ou ont entendu parler des productions sous label, 40% en ignorent les règles.

Pour une majorité des sondés (53,7%), ce sont les médias qui seraient fautifs. S’ils ne disposent pas de cette information - un manque particulièrement ressenti par les moins de 34 ans (76%) -, c’est parce que « l’information donnée par les médias sur l’agriculture et ses réalités est trop limitée, sauf lorsque surviennent des problèmes sanitaires ou environnementaux », commente le sondage. Certes, mais cette raison n’explique pas tout. En cinquante ans, l’agriculture a en effet subi l’une des plus grandes révolutions de ce siècle. Une « révolution silencieuse », pour reprendre les termes de Michel Debatisse, grande figure du syndicalisme paysan. Et le fossé entre les mondes agricole et urbain s’est d’autant plus creusé que l’ignorance persiste sur l’essentiel des pratiques agricoles de base (irrigation, lutte contre les maladies, méthodes de culture, etc.). Ce qui ne veut pas dire que les Français souhaitent, pour autant, un retour en arrière de l’agriculture. Bien au contraire ! Alors que peu de personnes sont capables aujourd’hui de décrire correctement le circuit d’un produit alimentaire « de la fourche à la fourchette », les Français, dans leur très grande majorité (87%), considèrent la recherche scientifique comme « tout à fait utile » ou « plutôt utile » aux productions agricoles - une opinion qui a encore progressé par rapport au sondage précédent. Simplement, ils ignorent comment le produit de cette recherche se décline dans la pratique. Ainsi, ils ne font pas la différence entre un organochloré des années soixante-dix et un traitement de semences de la dernière génération. « Un effort de communication du monde agricole vers le grand public paraît donc d’autant plus indispensable que les attentes d’information sont fortes », conclut le sondage.

Un des nombreux enseignements de cette enquête est que cet effort de communication - facilité par les nouvelles technologies de l’information comme Internet - sera d’autant mieux perçu qu’il sera porté par les acteurs de la profession, qui continuent à bénéficier de la confiance du grand public, contrairement aux associations professionnelles. Après la « révolution silencieuse », l’heure est donc plus que jamais à la parole.

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