édito 18 | 01 | 2008

La communauté scientifique mise hors jeu

Le débat sur les OGM avait besoin de sortir du cadre de la polémique politicienne. Or, la déclaration du sénateur de la Manche Jean-François Le Grand (UMP) selon laquelle il y aurait « des doutes sérieux » sur l’OGM MON 810, alors que ce terme ne figure pas dans l’avis de la Haute autorité provisoire, a eu le mérite de clarifier les choses : elle confirme que les dés étaient jetés depuis bien longtemps ! La décision de déclencher la clause de sauvegarde – quitte à ce qu’elle soit ensuite rejetée par Bruxelles – , prise le 11 janvier 2008, tard dans la soirée, renforce l’idée que ce dossier est géré en fonction d’impératifs de communication, et ce au moins depuis le 25 octobre 2007, date à laquelle le président Sarkozy a fait savoir qu’il avait des « doutes sur les bénéfices sanitaires et environnementaux des OGM ». Comme l’avait parfaitement analysé le journaliste Eric Le Boucher dans une tribune publiée le 30 septembre 2007 dans Le Monde :« On a toutes les raisons de penser que le swap du nucléaire à l’OGM des mouvements écologistes fait l’objet d’un accord avec le gouvernement et avec la CGT ». En effet, le chef de l’Etat n’a jamais eu l’intention de laisser les agriculteurs français cultiver des OGM en 2008, contrairement à ce qu’il a laissé croire à certains dirigeants agricoles bien naïfs. La stratégie du chef de l’Etat a simplement consisté à gagner du temps, avant de se retrancher derrière Bruxelles. Procédé peu élégant, qui témoigne d’une frilosité pourtant peu coutumière au président de la République.

Que la décision de cultiver des OGM revienne in fine aux responsables politiques et non à un comité d’experts est parfaitement légitime. De même qu’il est justifié de s’interroger sur l’intérêt général des OGM, et non seulement du MON 810, comme l’a fait le sénateur Le Grand devant la presse. En revanche, comment peut-on émettre des doutes sur la fiabilité des instances sanitaires internationales, qui au terme d’un long processus ont autorisé la culture de ces OGM – dont le MON 810 –, pour ensuite saisir ces mêmes organismes, sans s’exposer au ridicule ? Plus grave encore, comment Nicolas Sarkozy peut-il faire croire que sa décision repose sur des « éléments scientifiques nouveaux » alors que quatorze membres de la Haute autorité provisoire ont reconnu au Figaro qu’aucun de ces éléments nouveaux « n’est suffisant pour remettre en cause la culture de ce maïs OGM » ? Et ce n’est pas la réaction véhémente de Jean-François Le Grand qui y changera quoi que ce soit. Répondant par l’insulte et le mépris, le sénateur a affirmé à l’AFP que ses contradicteurs, pourtant tous des chercheurs du secteur public sélectionnés pour leur compétence, « sont arc-boutés, avec des lobbies puissants derrière ». Commentaire ironique de l’un d’entre eux, Gérard Devauchelle, entomovirologiste au CNRS : « J’oubliais que Monsanto me donne un million d’euros chaque année ! Cela tourne au ridicule. »

Comme s’interrogent quarante scientifiques français dans une Lettre ouverte sur les biotechnologies végétales, parue dans Le Figaro du 12 janvier dernier : « Comment expliquer à nos concitoyens que l’on suspende aujourd’hui, sans éléments scientifiques nouveaux solidement argumentés, la culture d’un OGM qui a été autorisé par toutes les instances nommées par le gouvernement, et leur demander d’avoir confiance, demain, dans les avis des prochaines autorités mises en place ? » Et les signataires de poursuivre :« Nous demandons que le rejet de ces dernières [analyses scientifiques] ne soit pas les raisons avancées pour des décisions dont les fondements sont tout autres ». En clair, que l’on arrête l’hypocrisie qui consiste à faire croire aux consommateurs que les OGM représentent un danger quelconque pour la santé ou l’environnement, alors qu’on laisse entrer sur le territoire français des céréales OGM d’Amérique du Sud ou de la viande de boeufs et de porcs alimentés avec ces mêmes OGM !

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