La fin définitive de trois néonicotinoïdes

édito 03 | 05 | 2013

La fin définitive de trois néonicotinoïdes

Désormais, plus rien ne peut empêcher le retrait définitif et irréversible de trois pesticides de la famille des néonicotinoïdes (le thiamethoxam, la clothianidine et l’imidaclopride) pour usage sur toute une série de cultures, notamment le maïs, le colza et le tournesol, mais aussi de nombreux fruits et légumes. Actée par la Commission européenne lors de la réunion du 29 avril 2013, cette suspension est censée durer deux ans. Or, jamais aucun produit retiré « provisoirement » du marché n’a ensuite été ré-autorisé.

Comme l’avait clairement indiqué A&E dans son éditorial de novembre – c’est-à-dire avant que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) se prononce au sujet de ces produits –, le scénario était cousu de fil blanc. La bataille médiatique était perdue. Celle de l’opinion publique également. Le minutieux travail de sape réalisé par une poignée d’apiculteurs, de militants antipesticides et d’éléments radicaux de la Confédération paysanne, relayés par l’essentiel de la classe politique française, Bruno Le Maire et Stéphane Le Foll en tête, a fini par l’emporter. Peut-être une action concertée, forte et publique, venant de l’ensemble des acteurs – des agriculteurs multiplicateurs de semences aux utilisateurs finaux, en passant par les syndicats agricoles, les industries semencières et les entreprises chimiques – aurait-elle pu arrêter cette machine infernale mise en route dès le mois de juin 2012 par Stéphane Le Foll. Et encore, rien n’est moins sûr. Aveuglé par son projet d’agroécologie, censé révolutionner l’agriculture française, le ministre semble vivre dans un autre monde. Son cerveau droit prône la compétitivité et la performance économique, tandis que son cerveau gauche refuse les solutions techniques nécessaires à une agriculture moderne. « Maintenant, on a un chantier devant nous pour essayer de garantir la protection d’un certain nombre de productions, de récoltes et de céréales », a-t-il déclaré dès l’annonce de la suspension. Aveu pathétique de son absence totale de solution de rechange dans sa « boîte à outils » ! On interdit d’abord, on verra ensuite...

Bref, ce sont bien les adeptes du refus et de la décroissance qui ont gagné. Bien entendu, ils ne vont pas en rester là. Tandis que l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF) souhaite une extension de cette suspension à l’ensemble des cultures, Greenpeace milite déjà pour l’interdiction d’autres pesticides « dangereux pour les pollinisateurs », notamment le fipronil, le chlorpyriphos, la cyperméthrine et la deltaméthrine. Pour sa part, Générations futures cible désormais deux autres néonicotinoïdes, l’acétamipride et le thiaclopride.

Otage de son discours et soucieux de satisfaire les desiderata de ses alliés politiques, Stéphane Le Foll ne pourra que procéder à un élargissement des interdictions, et limiter encore et encore l’usage des pesticides. Privée d’outils performants, l’agriculture en paiera le prix fort, réduisant de plus en plus sa compétitivité face à ses concurrents, qui ne sont pas qu’européens. Au final, on peut se demander si le grand perdant de cette affaire ne sera pas le projet de redressement économique de son ami, le président Hollande. À moins que notre ministre de l’Agriculture compte sortir la France de la crise économique en exportant quelques kilos de camemberts bio et autres produits « de terroir » en Chine...

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