édito 19 | 04 | 2011

Le « lobby de la FNSEA » et les « vampires de l’agrochimie »

Après avoir fait prospérer les écologistes, dont il a consolidé la légitimité, Nicolas Sarkozy semble maintenant jouer son va-tout avec Marine Le Pen, persuadé que seul un duel face à la dirigeante du FN pourrait assurer sa réélection en 2012.

Dans le monde agricole, déjà passablement énervé par le Grenelle de l’environnement – aux vertus duquel plus personne ne croit –, le vote anti-Sarkozy se consolide. D’autant plus que sur le terrain, l’arsenal administratif impulsé par le Grenelle suit son cours. Personne n’ose remettre en cause la philosophie d’Écophyto, qui se focalise sur la réduction des volumes et non sur « une approche scientifique, rigoureuse et une culture du résultat et de l’évaluation » de la diminution des risques, comme le souhaite Xavier Beulin, le nouveau président du syndicat majoritaire. Même un simple assouplissement de l’arrêté du 12 septembre 2006 sur l’encadrement des
applications de produits phytosanitaires semble être impossible, car il pourrait fâcher les quelques associations environnementales qui ont pignon sur rue dans le boboland parisien. Pire, on se laisse paralyser dès qu’un média du service public sort l’une de ces fameuses enquêtes qui laissent croire à la population que notre assiette est remplie de poison. Enfin, le dossier des biotechnologies végétales reste au point mort, alors que l’avocat général de la Cour européenne de justice, Paolo Mengozzi, a annoncé qu’il estimait la suspension hautement médiatique du maïs OGM de Monsanto... tout simplement illégale !

Certes, le ministre de l’Agriculture fait son possible pour rassurer les agriculteurs. En bon diplomate, Bruno Le Maire sait ce qu’il doit dire et ce qu’il veut qu’on entende. Mais sans plus. « On dirait qu’il s’ennuie, qu’il attend que ça passe », constate un fin analyste, qui le fréquente régulièrement. Attend-il la chute programmée de la Maison Sarkozy, qui est présente dans tous les esprits ? Le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan en est convaincu. Pour lui, non seulement Nicolas Sarkozy
va perdre l’élection présidentielle, mais il va entraîner avec lui bon nombre de députés UMP.

À plus d’un an du scrutin, il est trop tôt pour conclure aussi sévèrement. D’autant plus que l’on ne compte plus les initiatives médiatiques du gouvernement pour resserrer les liens avec le monde agricole, comme en témoigne la venue extraordinaire du Premier ministre, François Fillon, au congrès de la FNSEA. Du jamais vu dans l’histoire du syndicat ! En revanche, ce qui est certain, c’est que le discours du FN sur l’alimentation n’a rien à envier à celui des écologistes. Les agriculteurs séduits par
Marine Le Pen devraient d’abord prendre connaissance de la conférence de presse qu’elle a tenue le 7 mars 2011 avec son conseiller Laurent Ozon, membre du bureau politique du FN depuis le 16 janvier 2011. Ensemble, ils ont évoqué les « scandales alimentaires qui se multiplient », « l’explosion des pathologies », « une bouffe qui rend malade », « les OGM clandestins », « les vampires de l’agrochimie », sans oublier « le lobby de la FNSEA ». José Bové, Guy Kastler et Cécile Duflot n’auraient pas dit mieux ! Ce qui n’est pas étonnant puisque Laurent Ozon puise son inspiration – comme il le revendique fièrement – chez les Amis de la Terre, le CRIIGEN et Marie-Monique Robin. L’instigateur malheureux du rapprochement entre Antoine Waechter et Edward Goldsmith en 1999 aurait pu ajouter à sa liste Générations Futures, dont il cite abondamment le document Menus toxiques. Bref, entre l’écologie version FN et l’écologie des Verts, c’est bonnet bleu et vert bonnet...

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