édito 01 | 12 | 2006

Le maïs mènera bientôt la danse !

En dehors de la campagne exceptionnelle de 2004-2005, cela fait maintenant sept années consécutives que la production mondiale de céréales se situe en dessous de la demande solvable, elle-même largement inférieure aux véritables besoins alimentaires de la population mondiale. Les conditions climatiques jouent certes un rôle conjoncturel, mais la cause de cette insuffisance est structurelle, et réside à la fois dans la volonté de certains politiques de réduire la production agricole, dans l’augmentation constante de la population et dans la raréfaction des terres agricoles, dont une partie est désormais consacrée à la fabrication d’éthanol.

Cette situation explique l’ascension considérable du cours du maïs, alors que la bonne récolte outre-Atlantique aurait pu calmer la frénésie des marchés. Optimiste quant à l’avenir du maïs, Rodolphe Roche, analyste en charge des matières agricoles de la société de gestion Schroders, à Londres, estime même que si « pendant un ou deux ans, le blé continuera à mener la danse pour des raisons météorologiques, ce sera ensuite le tour du maïs, et pour longtemps ». L’analyste londonien prévoit que « l’élévation du niveau de vie de citadins de plus en plus nombreux accroîtra la consommation de viande, qui exige toujours plus de maïs ». Il prédit même que « la Chine deviendra importatrice nette de maïs dès l’an prochain », une première depuis 1966.

Mais au-delà des réalités du marché, une seconde raison joue en faveur du maïs. C’est que parmi les grandes céréales cultivées dans le monde, celui-ci est de loin le plus économe sur le plan de la transformation de l’eau en matière sèche. Or, s’il existe un défi écologique majeur - bien plus sérieux que le remue-ménage actuel autour des conséquences du prétendu réchauffement climatique -, c’est bien celui de la disponibilité en eau. L’expansion de la culture du maïs relève donc du simple bon sens.

Cependant, pour répondre à cette évolution, on ne pourra pas faire l’impasse sur le progrès génétique. Comme en témoignent les bons rendements obtenus cette année (83 quintaux/hectare en moyenne), c’est bien grâce au développement de la génétique que l’on a réussi à limiter les conséquences du froid et des gelées exceptionnels de ce printemps, des fortes chaleurs de juillet et de la fraîcheur d’août. Lors d’essais réalisés par l’institut de recherches Arvalis dans la région de Pau, des parcelles de maïs OGM, mieux protégées contre certains ravageurs comme la pyrale, ont atteint des rendements de 3 à 25 q/h supérieurs aux mêmes variétés conventionnelles. Si aujourd’hui, personne ne s’aventure à semer des variétés de maïs datant des années cinquante, pourquoi les agriculteurs de demain iraient-ils cultiver des variétés aux rendements plus faibles et à la qualité moindre ?

La maîtrise des technologies du futur, en particulier de la transgenèse, constituera donc l’élément clé pour permettre à l’Europe de garantir son indépendance stratégique, à laquelle participe la question alimentaire. Si notre continent désire sauvegarder sa souveraineté alimentaire, il ne pourra en faire l’économie. C’est en ce sens qu’au-delà de la question agricole, les actions anti-OGM de José Bové et consorts relèvent de l’atteinte à la sécurité nationale.

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