Le nouvel hygiénisme

édito 10 | 03 | 2009

Le nouvel hygiénisme

Mettre un terme aux abus de la consommation d’alcool à l’heure où les open bars, ces soirées où les étudiants peuvent boire à volonté, sont à l’origine de dégâts considérables chez les jeunes est une cause incontestablement louable. Elle explique la volonté de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, de faire adopter son projet de loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires. L’alcool doit être consommé avec modération, c’est certain. Cependant, est-il bien raisonnable de vouloir – au nom de ce noble objectif – interdire à un mineur de déguster un verre de Gewürztraminer au restaurant alors qu’il est accompagné par ses parents ? Faut-il passer par pertes et profits les moments d’échanges conviviaux que représentent les dégustations gratuites ou au forfait dans les caveaux ou lors des foires aux vins ? Et pourquoi inclure dans ce projet de loi l’interdiction des menus « vin compris » ? La réponse de la ministre tient en une phrase : « Un seul et unique verre augmente considérablement le risque de cancer » !

Cette affirmation, largement relayée par la presse, trouve son origine dans la publication d’un document bien curieux : la brochure Nutrition & Prévention des cancers : des connaissances scientifiques aux recommandations, réalisée par le réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe). Cette brochure – très politiquement correcte – ressemble à s’y méprendre à un catalogue hygiéniste. « L’augmentation de risque [de cancer] est significative dès une consommation moyenne d’un verre par jour », y affirment ses auteurs, qui passent sous silence les nombreuses études qui démontrent pourtant le contraire. « L’hypothèse des effets bénéfiques pour la santé d’une consommation régulière mais modérée de vin rouge, notamment en ce qui concerne les cancers du sein, de la bouche, du poumon, de la prostate et de certaines lignées leucémiques de cellules, est aujourd’hui un fait incontestable », indique le Dr Jean-Louis Thillier.

Et ce n’est pas la seule contre-vérité contenue dans la brochure du NACRe.
« La consommation de fruits et légumes est associée à une réduction du risque de plusieurs cancers : bouche, pharynx, larynx, oesophage, estomac et poumon (dans le cas des fruits seulement) », peut-on en effet lire dans ce document, qui entonne le refrain du Programme national nutrition santé (PNNS) sur les fruits et légumes. Certes, personne ne conteste qu’un régime riche en fruits et légumes est nécessaire à une alimentation équilibrée. Mais faut-il pour autant évoquer des effets non démontrés contre le cancer ? Car, n’en déplaisent aux auteurs du PNNS, cette affirmation ne fait pas plus l’unanimité que celles concernant les méfaits du vin. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter le rapport Les causes du cancer en France, publié le 13 septembre 2007 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). « L’effet de certains facteurs nutritionnels [sur le cancer], tels que la teneur en fibres des aliments ou la quantité de fruits et légumes ingérée, n’a pas été confirmé par les dernières enquêtes épidémiologiques », écrivent les auteurs du CIRC, beaucoup plus prudents que ceux du NACRe. « L’effet bénéfique d’une alimentation riche en fruits et légumes pour le risque de cancer n’est pas établi », conclut le rapport, dont le NACRe ne peut pas ignorer l’existence. Au final, à force de vouloir établir des « vérités scientifiques » un peu trop conformes aux nouvelles orientations hygiénistes du ministère dont il dépend, le NACRe jette un sacré discrédit sur son indépendance. Dommage !

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