Le Salon des candidats

édito 21 | 03 | 2012

Le Salon des candidats

Campagne présidentielle oblige, le Salon de l’agriculture a vu défiler tous les candidats. Dès son ouverture, Nicolas Sarkozy était sur les lieux. Occasion d’accorder à La France Agricole un long entretien, dans lequel il se réjouit du niveau record des exportations agricoles françaises. Pour le chef de l’État, ce résultat exceptionnel est le fruit de « tous nos efforts pour améliorer la compétitivité de l’agriculture française » et de « l’organisation des filières de production ». « Les agriculteurs sont des entrepreneurs, ils veulent vivre de leur travail, pas de subventions. Il faut les aider à renforcer leur compétitivité », a insisté le président-candidat.

François Hollande, qui « a posé au côté d’une limousine nommée Audacieuse, a mangé des pruneaux et a bu du Cahors », assure, lui aussi, vouloir défendre « une agriculture forte, productrice, diverse, durable ». Quant à François Bayrou, il estime que les agriculteurs sont « les meilleurs défenseurs de l’environnement ». Ce « fils de paysan, [...]le seul candidat à la présidentielle à comprendre de l’intérieur les problèmes des agriculteurs », souhaite que le monde agricole « vive des prix des produits qu’il vend ».

Rien à voir avec l’ambiance de février 2011, qui avait été marquée par la campagne choc mais pas très chic de France Nature Environnement ! Il est vrai que le discours écologiste peine aujourd’hui à trouver des oreilles complaisantes. Les propos de la candidate d’Europe-Écologie-Les Verts, Éva Joly, qui prétend que le modèle agricole actuel est aux mains des « lobbies de l’agroalimentaire », qu’il rend les agriculteurs « malades des pesticides » et les consommateurs malades de la « mal-bouffe », ne fait plus vraiment recette. Même Corinne Lepage, qui « rêve d’atteindre 20% de bio en France », est devenue plus raisonnable : elle soutient désormais le projet de la coopérative Terrena et son « agriculture à haute productivité environnementale »...

Le moment est donc venu d’entreprendre –sans langue de bois– une vaste campagne de communication sur la réalité de l’agriculture française. C’est-à-dire de rappeler que ce secteur a apporté un excédent commercial de 12 milliards d’euros en 2011, alors que la balance commerciale française est structurellement déficitaire de 75 milliards. Qu’il représente 1,7 % du PIB de la France, soit nettement plus que l’industrie automobile (0,7%). Et qu’il emploie –avec l’industrie agroalimentaire– 14% de la population active (plus d’un million de personnes) dans des emplois non délocalisables. Comme le note Philippe Mangin, président de Coop de France, la réalité agricole ne se réduit pas à la défense bien sympathique de nos nombreuses AOC et produits locaux, distribués par quelques AMAP et autres circuits alternatifs. « Un tiers de la production agricole française est exporté en Europe et dans le monde ; près de 80% de la nourriture de nos concitoyens est commercialisée par la grande distribution ; et plus de 70% des produits agricoles français sont transformés pour être consommés », explique le responsable, qui s’engage à faire en sorte que « la diversité agricole française [parte] à l’assaut de tous les débouchés ». Ce qui implique de remettre l’innovation et la recherche au cœur du projet agricole. Que ce soit pour la sélection génétique, l’amélioration végétale ou l’alimentation animale, la France ne peut plus se permettre une application déraisonnable du principe de précaution.

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