édito 13 | 03 | 2008

Les nobles intentions de Nicolas Sarkozy

A l’occasion de l’inauguration du 45e Salon de l’Agriculture, le 23 février 2008, le président Sarkozy a réaffirmé qu’il considérait l’agriculture comme un domaine stratégique. Dans un élan gaulliste, il a ajouté qu’il n’y avait aucune raison « qu’on laisse le champ libre à nos amis américains » qui, eux, « défendent leurs intérêts agricoles avec énergie, passion et efficacité ». Le chef de l’Etat compte donc profiter de la prochaine présidence française de l’Union européenne pour « donner une cohérence nouvelle à la politique agricole commune ».

Jusque-là, rien à dire ! D’autant plus que le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a fait montre depuis sa nomination d’un volontarisme certain pour mobiliser un maximum d’alliés européens afin de préparer l’après 2013, date à laquelle la PAC doit être réformée. Le président a donc souligné l’importance de la stabilisation des marchés, de la sécurité alimentaire et de la préférence communautaire. De quoi apaiser la quasi totalité des responsables agricoles, après un Grenelle de l’environnement plutôt mal accepté.

Reste à savoir comment Nicolas Sarkozy transformera en actes ses nobles intentions. Car à ce sujet, son discours au Salon de l’Agriculture était plutôt insipide, voire indigeste ! Après avoir rappelé que « les Etats-Unis ont compris qu’il y avait une suprématie de leur “pourvoir vert” », il n’a en effet rien proposé pour rendre l’agriculture européenne plus performante. Le chef de l’Etat, qui a interdit en France la culture des OGM, affirme maintenant que « sur la question des OGM, l’Europe doit avancer d’un même pas ». Doit-on en déduire qu’il compte imposer à l’Europe ses réticences envers les biotechnologies végétales ? Quoi qu’il en soit, voilà de quoi déconcerter encore plus les entreprises engagées dans la recherche sur les biotechnologies.

Côté pesticides, c’est encore pire. Le président Sarkozy n’a rien trouvé de mieux que d’affirmer que « les agriculteurs en sont les premières victimes et pas les premiers coupables ». Ainsi, il propose de renforcer les normes environnementales et sanitaires à l’intérieur de l’Europe afin que les agriculteurs français ne souffrent pas de distorsions de concurrence. Là aussi, c’est un signal fort pour l’industrie chimique, qui va sûrement se précipiter pour investir dans de nouvelles molécules... Nicolas Sarkozy mesure-t-il vraiment la portée de telles paroles ? A moins qu’il ne pense réellement que l’Europe peut se priver de l’apport de la chimie et des biotechnologies pour « participer aux équilibres alimentaires mondiaux », pourtant inscrits au menu de son discours...

Au final, c’est la reconnaissance du rôle indispensable de l’innovation, de la science et du progrès en agriculture, qui fait cruellement défaut dans les propos du président. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy n’a pas prononcé la moindre parole sur la nécessité de la recherche, alors qu’il s’en fait habituellement le héraut. Rien sur ce que pourrait être une nouvelle mission confiée à l’Institut national de la recherche agronomique afin de redonner à l’agriculture française son statut de secteur de pointe. Dans ces conditions, à quoi bon engager une enveloppe de 130 millions d’euros pour l’aide à la création d’entreprises agricoles et à l’installation des jeunes, si par ailleurs on ne favorise pas le développement des outils nécessaires à une agriculture moderne, capable de vivre de sa production ? Est-ce vraiment en inscrivant le cassoulet de Castelnaudary et la choucroute alsacienne au patrimoine mondial de l’Unesco que le chef de l’Etat espère offrir aux agriculteurs une perspective d’avenir ?

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