Maïs MON 810 : les doutes infondés du Président

édito 20 | 08 | 2009

Maïs MON 810 : les doutes infondés du Président

L’avis rendu public le 30 juin 2009 par l’autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa) est clair et net : le maïs MON 810 est « aussi sûr que son homologue conventionnel pour ce qui est des effets éventuels sur la santé humaine et animale, [et il] ne constitue pas une menace pour l’environnement ». Cet avis ne fait que confirmer les 30 avis positifs délivrés depuis 1998 par les différents comités scientifiques de la France (Afssa et CGB) et de l’Union européenne. Sans compter ceux délivrés par les experts des États-Unis, du Canada, du Japon, du Brésil, etc. Selon l’agence de presse Reuters, « du côté français, l’avis favorable de l’Efsa était largement attendu ». N’est-ce pas là un aveu que la France, de même que l’Autriche, la Hongrie, la Grèce, le Luxembourg et l’Allemagne, ne possédaient aucun élément scientifique pour justifier leur clause de sauvegarde ? Le fait qu’aucun de ces pays n’ait été en mesure d’apporter une étude suggérant le moindre problème avec cet OGM, pourtant tellement contesté, devrait à lui seul convaincre les opposants les plus sceptiques. Nicolas Sarkozy peut donc être rassuré : les doutes sur la santé qu’il avait émis lors du Grenelle de l’environnement au sujet de cet « OGM pesticide » ne sont pas fondés.

L’Efsa sur la sellette

Certes, on peut toujours mettre en cause l’indépendance des scientifiques de l’Efsa. Ce qu’ont aussitôt fait les associations écologistes, dont le discours accusateur conteste la neutralité de certains experts de l’agence au motif qu’ils auraient travaillé à un moment donné pour l’industrie. Comme le note Catherine Geslain- Lanéelle, la directrice de l’Efsa, « s’il fallait disqualifier définitivement tous ceux qui ont travaillé avec l’industrie, on ne trouverait personne ! » Elle ajoute qu’« un bon expert n’ayant jamais collaboré avec le privé, c’est même suspect ». Même le très militant Gilles-Éric Séralini n’a-t-il pas offert ses services – et ceux d’un laboratoire universitaire de l’État – à la société privée Sevene Pharma, qui commercialise des médicaments homéopathiques de « désintoxification » ?

On peut également arguer que l’évaluation scientifique de l’Elsa n’est pas suffisamment pluridisciplinaire. Une stratégie utilisée par les quelques scientifiques français qui ont validé le doute présidentiel – quitte à se discréditer auprès de leurs collègues scientifiques.

On peut enfin mettre en cause les compétences scientifiques des experts de l’Efsa. France nature environnement (FNE), qui ne craint pas le ridicule, a ainsi estimé que « l’Elsa vient de franchir la ligne rouge pour rendre un avis favorable à cet OGM en totale contradiction avec les règles élémentaires du raisonnement scientifique ». Incapables d’opposer des arguments scientifiques à l’agence européenne, les associations écologistes ont repris leur sempiternel discours militant ; une attitude parfaitement prévisible.

Réhabiliter les experts

En revanche, la réaction du gouvernement, qui a refusé les conclusions des experts européens, est beaucoup plus problématique. Puisqu’elles ne confirment pas les doutes du Président, les méthodes d’évaluation de l’Efsa ne seraient pas à la hauteur, estime-t-il. En suivant cette logique, ne faudrait-il pas alors contester les centaines d’avis rendus chaque année depuis 2002 par l’Efsa sur l’ensemble des dossiers que traite son réseau de 200 experts, et pas seulement les 42 avis favorables aux biotechnologies végétales ? À ce jeu de sape de l’autorité des agences scientifiques, le gouvernement lui-même ouvre un boulevard – au demeurant bien dangereux – à toute forme de contestation
irrationnelle, que les associations environnementalistes n’hésitent pas à utiliser.

Le cas récent de la campagne d’un des partenaires privilégiés de Jean-Louis Borloo, le WWF, concernant l’état sanitaire de l’eau du robinet, en est la preuve. Il a fallu que trois académies (médecine, pharmacie et eau) interviennent publiquement pour limiter les dégâts que pose la campagne du WWF. « Ce qui se passe est inacceptable : le système est détourné par des marchands de peur dont les propos sont repris in extenso dans les journaux. Il faut réhabiliter l’expertise scientifique aux yeux de l’opinion afin de protéger les citoyens contre ce type d’impostures qui ne cessent de se multiplier », a commenté, inquiet, le professeur Yves Lévy, de l’Académie de pharmacie et président de la section eaux du Comité d’hygiène publique, dans Le Figaro.

Or, réhabiliter l’expertise scientifique ne commence-t-il pas par reconnaître les limites de la stratégie de cooptation des associations écologistes adoptée par Nicolas Sarkozy lors du Grenelle de l’environnement, plutôt que de reprendre
leur discours ?

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