Méthodes siciliennes

édito 16 | 09 | 2011

Méthodes siciliennes

Bien qu’il n’y ait plus le moindre OGM en France, les Faucheurs volontaires ont entrepris trois actions pendant la période estivale.
Deux d’entre elles, de nature « symbolique » et à visée médiatique, ont été réalisées selon le même modus operandi. Quelques pieds de tournesols non OGM, mais obtenus par mutagenèse, ont été détruits en plein jour, sous le regard de gendarmes qui possédaient la liste des participants. « Ce qu’on veut, c’est alerter l’opinion publique », a affirmé à l’AFP Guy Germain, Faucheur et agriculteur à la retraite.

« En France, les OGM avancent masqués », a renchéri Jean-Luc Juthier, leur porte-parole. Après avoir arraché les tournesols à Feyzin (Rhône), lors de leur première action, les Faucheurs ont remis leur butin au député-maire de Vienne, Jacques Remiller. En tout cas, c’est ce qu’ont cru les journalistes, qui ne se sont pas aperçus que les tournesols déposés étaient en fleurs, alors que ceux fauchés ne l’étaient pas… « À chaque séquence son scénario : un champ pour la destruction (et tant pis s’il n’est pas en fleurs car l’accent est mis sur le fauchage), et des fleurs devant la mairie (c’est plus joli pour les caméras et les photos) », commente avec raison le site Alerte Environnement. Bref, de la pure com’.

D’une tout autre nature, la seconde action s’est déroulée en pleine nuit, le 28 août. À quatre heures du matin, un groupe de Faucheurs a envahi la propriété privée d’un agriculteur pour « neutraliser » l’ensemble de sa parcelle. À l’arrivée des services de l’ordre, 5 000 m2 de tournesols avaient déjà été dévastés. Il ne s’agit plus d’un fauchage « symbolique ». L’objectif est ici radicalement différent : intimider le monde agricole. « Nous ne voulons pas montrer du doigt les paysans qui ont semé ces variétés », rassurent les Faucheurs. « En général, ils ne sont pas au courant des manipulations génétiques de ces firmes et en sont souvent les premières victimes », poursuit Jacques Dandelot, le nouveau Zorro de l’agriculture. Cet enseignant de 61 ans, bientôt à la retraite, connaîtrait-il mieux l’agronomie que les agriculteurs professionnels concernés ? Sait-il vraiment ce qu’il faut faire et ne pas faire dans les champs ? Jacques Dandelot apprécierait très certainement de voir ses livres détruits par un groupe de parents d’élèves sous prétexte que ces derniers ne seraient pas d’accord avec ses méthodes d’enseignement...

Bien entendu, les arguments de cette ridicule poignée d’extrémistes, qui veulent revenir aux méthodes de sélection variétale d’une époque révolue, ne portent pas. Persuadés de détenir la Vérité, ils en sont réduits à utiliser des pratiques mafieuses d’intimidation, de menaces et de chantage. Résultat : certains de leurs soutiens politiques prennent déjà leurs distances. C’est le cas de Mickaël Bordas, le maire de Saint-Martin d’Août, où a eu lieu l’un des trois fauchages, et qui a clairement exprimé ne pas avoir apprécié qu’un agriculteur ayant un avis différent de celui des Faucheurs subisse leurs arbitraires représailles. Même les journalistes commencent à se lasser de leur discours confus sur les prétendus « OGM cachés ».

Pourtant, du haut de leurs certitudes, les Faucheurs ne cessent de s’en prendre depuis des années aux instituts publics de recherche, aux agriculteurs et aux entreprises privées. Rien ne les arrête : ni le moratoire obtenu lors du Grenelle de l’environnement, ni les condamnations en justice, bien trop faibles pour avoir un effet dissuasif. À moins que le procès de Colmar relatif à la destruction de l’essai de l’Inra sur vigne, qui doit se tenir fin septembre, ne change la donne…

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