édito 04 | 09 | 2008

1,4 milliard de dollars pour les ogm

« Il reste quelques essais OGM à travers le territoire. On va s’en occuper », a déclaré José Bové à Carcassonne le 2 juillet dernier, suite au saccage de quatre parcelles OGM, dans la nuit du 29 au 30 juin. Chose promise, chose faite : deux essais supplémentaires ont été fauchés le 15 août dernier à Civaux et Valdivienne (Vienne), sous l’oeil d’une dizaine de gendarmes, qui se sont contentés de prendre les traditionnelles photos. Ainsi, c’est l’essentiel des expérimentations de plantes transgéniques que l’ancien porte-parole de la Conf’, aidé d’une centaine de faucheurs volontaires, a anéanti cet été.

Du côté des ministères de l’Agriculture et de la Recherche, un communiqué de presse formulant les habituelles condamnations a été rendu public, tandis que de celui de l’Environnement, pas un mot. Sans attendre de Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet un soutien aux chercheurs et aux firmes engagés dans ces essais, on aurait pu au minimum espérer de leur part une désapprobation de telles actions. Cependant, cela aurait risqué de froisser leurs amis écologistes du Grenelle de l’environnement, qui ont obtenu l’arrêt provisoire de la seule culture OGM autorisée en France, le maïs MON 810. Or, M. Borloo compte beaucoup sur le Grenelle pour promouvoir sa fiscalité « verte », c’est-à-dire imposer de nouvelles taxes. Les écologistes sont donc des alliés importants pour faire avaler la pilule amère de mesures fiscales qui vont encore affaiblir le pouvoir d’achat des Français. Certes, le cabinet de M. Borloo explique à qui veut bien le croire que « la fiscalité environnementale doit être neutre pour les ménages et les entreprises, [et qu’] il s’agit simplement d’orienter les comportements ». L’expérience du bonus-malus automobile a démontré que ce type de fiscalité coûtait très cher à l’Etat. Penser qu’il n’aura d’impact ni sur le budget des ménages ni sur celui de l’Etat, tout en ayant un effet positif sur la croissance, relève de l’utopie. Comme le souligne Philippe Waechter, chef économiste chez Natixis, le plan Borloo va « favoriser certaines activités et en défavoriser d’autres ». « On ne peut donc pas forcément conclure qu’il est gage de croissance économique », a-t-il affirmé dans La Tribune du 25 août dernier. Difficile de croire en effet qu’en doublant les crédits d’impôt de soutien à un secteur aussi marginal que l’agriculture biologique, M. Borloo contribuera à « relancer la machine économique »...

Plus sérieusement, le premier ministre chinois, Wen Jiabao – qui a bien compris que croissance économique rimait avec progrès technologique – a annoncé le 10 juillet 2008 sa décision de débloquer une enveloppe supplémentaire de 500 millions d’euros pour la recherche sur les plantes génétiquement modifiées, notamment sur le riz et le maïs. Il s’agit d’obtenir des variétés « plus performantes en rendement et en qualité », comme l’a indiqué le professeur Lu Barong, de l’université de Fusan, à l’agence de presse chinoise Xinhua. Selon la base de données , le montant total du budget consacré par la Chine à la recherche sur les OGM de seconde génération s’élève ainsi à 1,4 milliard de dollars. A Paris, le ministre de l’Environnement se gausse d’avoir des intentions beaucoup plus nobles. « Moi, avec 100 millions d’euros [!], je sauve la planète », a-t-il déclaré dans Le Monde du 20 août 2008. C’est ce qui s’appelle ne pas craindre le ridicule !

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