édito 07 | 10 | 2008

Moins de phytos, moins d’abricots !

L’affaire dramatique du lait de Chine, qui fait suite à celle de l’huile frelatée d’Ukraine, aura au moins un mérite : celui de rappeler qu’en matière alimentaire, rien ne remplace l’excellence des pratiques des agriculteurs et de l’industrie agro-alimentaire de l’Union européenne. Le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, a donc tout à fait raison de mettre au coeur de son engagement la souveraineté alimentaire de l’Europe, voire la préférence communautaire, qui n’est pas un « gros mot », comme il a su si justement le souligner. Bien entendu, cela passe d’abord par une stabilisation des marchés agricoles, avec des prix rémunérateurs pour les producteurs. Le ministre le sait fort bien, lui qui défend un certain modèle de politique agricole commune face à ceux que ne dérange pas la perspective d’importer les produits agricoles du reste du monde.

Mais cela passe également par la disponibilité des moyens techniques nécessaires à la production. Or, à cet égard, il semble qu’il y ait encore beaucoup de naïveté au sommet de l’Etat. Sûrement par ignorance, quelques conseillers du Prince estiment que la palette des produits de protection des plantes dont disposent les agriculteurs est débordante, et qu’avec un peu de créativité, on pourrait facilement se dispenser des produits maudits – maudits en tout cas pour une opinion publique bien peu informée. Savent-ils, ces doctes mandarins, que de nombreuses filières agricoles sont déjà confrontées à des « usages orphelins », c’est-à-dire qu’elles ne disposent d’aucun moyen de protection contre certains ravageurs ? C’est le cas de la carotte, du radis et du chou, « orphelins » face aux agressions des mouches Psila rosea et Hylemya brassicae.

Pire que les « usages orphelins », l’élimination programmée par la Commission européenne – mais aussi par la France, Grenelle de l’environnement oblige – de plusieurs familles de matières actives entraînera la suppression de ce que l’on appelle les « usages clés », usages qui protègent une culture à un moment décisif de son évolution. Ces suppressions provoqueront non pas une légère diminution des rendements, mais la ruine de toute la récolte. Ainsi,
le retrait du mancozèbe interdirait tout traitement des oignons contre le mildiou. Sans méthiocarbe, impossible de défendre les poireaux du thrips, ce minuscule insecte de la famille des thysanoptères, qui vit caché dans les mauvaises herbes avant d’injecter sa salive toxique dans les jeunes pousses. Sans buprofézine et sans acétamipride, la tomate, l’aubergine et les concombres deviendraient des cibles aisées pour l’aleurode, cette mouche blanche de 3 mm qui prolifère dans les cultures de serre. Et que dire du cassis, indéfendable devant la pourriture grise sans iprodione ? Quant aux abricots,
en trouvera-t-on encore en France si les arboriculteurs ne disposent plus des molécules de la famille des triazoles, alors que leurs vergers sont ravagés par le monilia laxa, un redoutable champignon microscopique qui attaque successivement les fleurs, les rameaux et les fruits ? Malheureusement, ce ne sont pas les exemples qui manquent, mais la place pour les décrirent tous, tant la vie sauvage est loin d’être un long fleuve tranquille.

A moins que nos responsables politiques quittent la planète Verte pour revenir sur la planète Terre, les consommateurs français seront donc très rapidement contraints de manger de plus en plus de fruits et légumes importés, par exemple de Chine, d’où proviennent déjà les fraises contenues dans les yaourts bio de certaines grandes enseignes !

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