Mortalités d'abeilles : la thèse multifactorielle enfin entérinée

édito 12 | 10 | 2009

Mortalités d’abeilles : la thèse multifactorielle enfin entérinée

Trois ans après la publication du livre Abeilles, l’imposture écologique [1], la thèse multifactorielle de la surmortalité des abeilles est finalement acquise. Révolue, l’époque pas si lointaine où de tels propos suscitaient attaques et injures de la part de certains syndicats apicoles ! Il est vrai que le président de l’Union nationale de l’apiculture française, Henri Clément, peut difficilement continuer à prétendre qu’« il n’y a plus de phénomène massif de dépopulation » depuis l’interdiction du Gaucho et du Régent, comme il l’avait fait dans Le Figaro en février 2007. Cette « explication passe-partout ne passe pas », a admis Gilles Ratia, président d’Apimondia, le congrès international sur l’apiculture qui s’est tenu à Montpellier du 15 au 20 septembre 2009. À cette occasion, le quotidien Le Monde a souligné l’émergence, « pour la première fois, d’un consensus dans le monde scientifique et apicole sur les causes des surmortalités qui affectent les populations d’abeilles de la plupart des continents ». « La théorie de facteurs multiples […] est de plus en plus partagée », ajoute la journaliste Gaëlle Dupont, qui note une différence d’appréciation notoire entre les apiculteurs français, toujours dans leur logique d’accusation des pesticides, et « la plupart des scientifiques qui, eux, ont désigné comme coupable Varroa destructor, un parasite présent partout sur le globe ».

Plus exactement, la communauté scientifique s’accorde sur le fait que l’abeille subit des pressions multiples, qui proviennent d’abord de divers pathogènes (Varroa destructor, Nosema ceranae et différents virus), dont les interactions sont à l’étude, mais aussi d’un appauvrissement de la diversité génétique des abeilles suite à l’existence d’un marché mondial de reines, et enfin de l’exposition chronique aux faibles doses de produits chimiques (pesticides agricoles, miticides apicoles…), conjugués à divers facteurs (nutritionnels, climatiques, etc). Bref, un stress multiple, face auquel l’abeille est très dépourvue.

Comme l’explique à A&E le Dr Jean-Louis Thillier, spécialiste en immunologie, « le génome de l’abeille – qui contient moins de gènes codant les protéines que celui d’autres insectes – est particulièrement déficient en matière de production des enzymes de détoxification des xénobiotiques (antibiotiques ou pesticides de type Coumaphos) ». Cette carence contribue à la vulnérabilité des abeilles face aux insecticides. Mais surtout, le génome de l’abeille présente des déficiences dans le niveau des défensines, une famille de peptides antimicrobiens naturels largement impliqués dans la défense non spécifique, et dont le large spectre d’activité permet à l’organisme de lutter contre divers champignons et bactéries. « Le système de défense spontané, inné, de l’abeille, est nettement moins performant que celui de la mouche ou du moustique, car l’abeille a hypertrophié les gènes associés à son mode d’organisation. Les tâches dévolues à chaque agent sont simples : ramasser un oeuf et l’amener vers un endroit sûr, prendre de la nourriture acheminée par un autre individu et la déposer en un lieu donné, etc. Ce comportement est certes primitif, mais le résultat d’ensemble est cohérent. Cependant, pendant son évolution, l’abeille a « négligé », par rapport à la mouche et au moustique, de développer ses capacités de défense et de détoxification », explique le spécialiste, qui estime que « les échanges internationaux d’essaims sans contrôle des micro-organismes, bien plus que les pesticides, mettent actuellement en péril les abeilles ».

[1Abeilles, l’imposture écologique, Le Publieur, novembre 2006

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