Les multiples facettes du végétarisme

édito 19 | 10 | 2015

Les multiples facettes du végétarisme

Alors que le végétarisme devient de plus en plus glamour, la 15e édition de la Veggie Pride s’est déroulée à Paris dans la plus grande indifférence, les 10 et 11 octobre derniers. Inspirés par le Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns, les organisateurs de ce « festival antispéciste » ont souhaité illustrer une « inversion des valeurs ». « Dans un carnaval, le pauvre devient le riche et le sérieux le comique ; pour la Veggie Pride, l’idée est d’inverser les valeurs de la société spéciste en incarnant nous-mêmes les animaux (non-humains). Montrer qu’ils sont plus que des morceaux de viande », explique la revue Vegemag.

Le sujet n’est pas nouveau. Dès l’époque antique, Pythagore avait interdit l’alimentation carnée à ses disciples, principalement pour des raisons métaphysiques. Le philosophe grec exprimait ainsi sa nostalgie d’une époque paradisiaque sans meurtre ni sang versé.

Depuis, et tout au long de l’histoire humaine, ce mode alimentaire minoritaire a été adopté et défendu, notamment par certains grands noms comme Léonard de Vinci, Albert Einstein ou le Mahatma Gandhi. Aujourd’hui, le mouvement est porté par de nombreuses personnalités. Ainsi, Bill Clinton est devenu le végétalien le plus célèbre au monde depuis qu’il a radicalement modifié son alimentation suite à son hospitalisation de 2010. L’ancien président justifie son choix par des raisons sanitaires, estimant que « ce régime est le meilleur afin d’avoir plus de chances de vivre le plus longtemps possible ».

L’industrialisation de la production alimentaire a elle aussi fourni de nouveaux arguments au végétarisme. Dès le XIXème siècle, le militant et théoricien anarchiste Élisée Reclus vilipendait les pratiques de l’élevage, qu’il considérait comme une « régression morale ». « Loin d’améliorer les animaux, nous les avons enlaidis, avilis, corrompus. [...] Nous avons eu pour préoccupation capitale d’augmenter les masses de viande et de graisse qui marchent à quatre pieds, de nous donner des magasins de chair ambulante qui se meuvent avec peine du fumier à l’abattoir », écrivait-il en 1897 dans La grande famille. Un siècle plus tard, la question du bien-être animal est devenue l’un des moteurs majeurs du végétarisme, comme en témoignent les deux derniers ouvrages du journaliste Franz-Olivier Giesbert, L’animal est une personne (Éditions Fayard) et Manifeste pour les animaux (Éditions Autrement).

S’y ajoute un argument nouveau : celui de la contestation écologique et anti-capitaliste. « La prise en considération du sort des animaux est aussi liée à la conscience des dégâts du capitalisme, qui demande à baisser sans cesse les coûts de revient, transforme les non-humains en marchandises et dégrade les humains », résume la philosophe Corine Pelluchon, professeur à l’université de Franche-Comté et spécialiste de philosophie politique et d’éthique appliquée. Si l’antispécisme –terme vulgarisé par le philosophe utilitariste australien Peter Singer dans son livre La Libération animale (1975), et qui consiste à dénoncer la hiérarchisation des espèces–, fédère de moins en moins les végétariens, on aurait tort d’en négliger l’influence croissante...

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