OGM : le défi raté de Manuel Valls

édito 15 | 04 | 2014

OGM : le défi raté de Manuel Valls

La nomination de Manuel Valls en tant que Premier ministre inquiète le lobby anti-OGM. Alors que l’ancien maire d’Évry était candidat à la primaire socialiste pour les présidentielles, il avait clairement pris position en faveur des biotechnologies, considérant que « si les dangers supposés des OGM sont sérieux, ils attendent toujours d’être démontrés ». En revanche, il affirmait que « les bénéfices espérés sont, eux, largement connus ». « En diminuant la pollution provoquée par les pesticides, les OGM peuvent jouer un rôle dans la protection de l’environnement ; en économisant les réserves d’eau, ils peuvent contribuer de manière décisive à l’autonomie alimentaire des pays du Sud », ajoutait-il. Des propos qui font dire à l’association anti-OGM Inf’OGM : « On croirait entendre le porte-parole de Monsanto ».

Dans son livre Pour en finir avec le vieux socialisme... et être enfin de gauche, paru en 2008, Manuel Valls avait déjà répondu à ce genre de critique : « On interdit la réflexion par des arguments terrorisants : Monsanto est le diable, Monsanto produit des OGM, les OGM sont diaboliques ! Je ne marche pas. L’enjeu, pour l’humanité, ce sont les OGM en eux-mêmes et ce qu’ils peuvent apporter à une planète menacée de surpopulation, d’épuisement des ressources en eau et de disette. Ensuite, on peut discuter de Monsanto. Évidemment, il faut contrôler cette industrie, comme toutes les autres. La surpuissance des semenciers, Monsanto ou un autre, leur tendance au monopole, leurs abus, leurs stratégies prédatrices, on doit évidemment les restreindre, les maîtriser, les combattre souvent. [...] Face au risque de dissémination du pollen vers des cultures non-OGM, la loi doit déterminer un régime de responsabilité. Mais toute cette affaire a justement été détournée par les marchands de peur. Je veux revenir au politique. Je suis pour le progrès et pour l’encadrement de ce progrès. Je suis progressiste, parce que je ne laisse pas tout le pouvoir au marché : ça me paraît très cohérent. Encore une fois, c’est la réalité qui doit primer. A-t-on besoin des OGM ? Oui, je le crois. En matière de santé, d’environnement, mais aussi d’agriculture. » Et d’ajouter : « Je trouve dommageable la pente antinucléaire qu’a épousée une partie du PS. Que des leaders aussi considérables que Laurent Fabius et Ségolène Royal endossent cette régression est inquiétant. On ne peut pas, logiquement, vouloir conjurer le réchauffement climatique en se privant d’un atout. Je trouve aussi tragiques les fatwas anti-OGM. Là encore, je regrette que la peur du progrès ait circonvenu la gauche –et la droite aussi. Qu’on s’interdise cette piste, quand il va falloir nourrir 9 milliards d’êtres humains, c’est de la non assistance à l’humanité en danger ! »

Tout est dit. C’est pourquoi, en toute cohérence, Manuel Valls aurait dû retirer le projet de loi visant à interdire la mise en culture de maïs génétiquement modifié en France. D’autant plus que ce projet n’est conforme ni au droit européen, ni au droit français, et que lors de son premier conseil des ministres, Manuel Valls a donné comme consigne de bien s’assurer de la solidité juridique de tous les projets de loi proposés par son gouvernement. « Le risque d’inconstitutionnalité doit s’anticiper », a-t-il affirmé.

Et pourtant, ce texte non conforme à la constitution a été maintenu. Preuve que le courage du Premier ministre a quelques limites...

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