édito 19 | 09 | 2006

OGM : Une fois c’est OUI, une fois c’est NON !

Une nouvelle fois, les mois de juin, juillet et août ont donné lieu à un bien lamentable spectacle. Fidèles à leur promesse, les faucheurs volontaires ont sévi partout en France.

De la Moselle à la Haute-Garonne, du Tarn au Puy-de-Dôme et du Loiret à l’Eure-et-Loir, plus d’une dizaine de parcelles de maïs transgénique, cultivées dans la plus totale légalité - contrairement à ce qu’affirme régulièrement José Bové - ont été saccagées par une cohorte d’extrémistes qui veulent imposer leur vision du monde à la société. Le scénario est toujours identique : quelques militants font un « repérage », puis des raids nocturnes à visage couvert sont organisés de façon quasi-militaire par plusieurs dizaines de casseurs, qui proviennent rarement du monde agricole. Quelques-uns sont alors interpellés par la police (parmi eux, des multirécidivistes comme Francis Roux, condamné à plusieurs reprises pour faits similaires). Ils passent une ou deux nuits en garde à vue - occasion pour leurs sympathisants de manifester leur indignation devant le tribunal - jusqu’à ce qu’ils soient remis en liberté. En attendant leurs procès, prévus bien après la saison des « fauchages », ils peuvent donc continuer librement leurs actes de vandalisme, assurés de la noblesse de leur cause par des décisions de justice qui paraissent de plus en plus arbitraires.

C’est que depuis quelques mois, le « feuilleton juridique » des OGM a pris la tournure d’une farce particulièrement indigeste. Le 25 juillet 2006, le tribunal administratif de Strasbourg a suspendu la décision du ministère de l’Agriculture autorisant la société Monsanto à expérimenter une culture de maïs génétiquement modifié en Moselle. Cette décision faisait suite à la suspension d’un autre essai de maïs OGM dans le Gers (toujours de Monsanto), prononcée le 7 juillet dernier par le tribunal administratif de Pau. En revanche, le tribunal administratif de Poitiers s’est déclaré incompétent le 10 juillet 2006, laissant la société Syngenta poursuivre son essai, de même que le tribunal de Toulouse le 24 juillet suivant, pour la firme Pioneer. Pour sa part, le tribunal de Clermont-Ferrand a clairement débouté la Confédération paysanne le 4 août dernier, soulignant « l’intérêt public » des essais de la société Biogemma. Alors, une fois c’est oui, une fois c’est non. Au gré des magistrats, visiblement de sensibilités fort différentes... Pourtant, l’ensemble de ces essais OGM avaient reçu l’aval de la Commission du génie biomoléculaire, des ministères de l’Ecologie et de l’Agriculture.

Toute cette agitation politico-juridico-médiatique nuit gravement à la recherche française sur les biotechnologies. Après Monsanto, c’est en effet au tour de Biogemma d’annoncer que dorénavant, l’entreprise « entend se tourner davantage vers l’étranger ». La France risque ainsi de se retrouver orpheline en ce qui concerne la recherche, sans que cela ne freine pour autant la progression des cultures OGM dans l’Hexagone : après 5 200 hectares cette année, pourquoi pas plus de 25 000 l’année prochaine ? Est-ce pour cette raison que José Bové - dans une sorte de ridicule fuite en avant - se lance maintenant dans la destruction de l’outil de travail d’agriculteurs qui ont choisi en toute liberté et en toute légalité leur type de cultures ? Le comble étant atteint avec la stigmatisation des paysans par une croix tracée dans leurs champs, qui n’est pas sans évoquer des pratiques dignes d’une époque bien sombre de notre histoire...

Casser, détruire, saccager, intimider, menacer : voilà des méthodes qui en disent long sur ce groupe de militants qui prétendent pourtant représenter la société civile, la solidarité et la justice sociale !

politique biotechnologie

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