édito 24 | 05 | 2006

Pesticides : bonne nouvelle pour les professionnels

Rendues publiques le 22 mars dernier, les conclusions du programme sur les cancers professionnels de l’Association pour la recherche sur le cancer (Arc) et l’Association des accidentés du travail et des handicapés (Fnath) ont aussitôt fait couler beaucoup d’encre, tant dans les milieux écologistes que dans la presse agricole ou grand public. Dans un article du Figaro daté du 23 mars, intitulé « Agriculteurs : le risque des pesticides », Catherine Petitnicolas déclare ainsi que « le risque d’être victime d’une tumeur cérébrale serait multiplié par 2,6 chez les personnes les plus exposées aux pesticides », c’est-à-dire « essentiellement les agriculteurs et les viticulteurs ». Propos que l’on retrouve dans la lettre d’information Référence Environnement, qui annonce que « le risque de tumeur du cerveau serait multiplié par 2,58 pour les professionnels les plus exposés aux pesticides » ; et même dans La France Agricole : « Aujourd’hui, le risque de développer une tumeur cérébrale est 30 % plus grand chez les agriculteurs, [qui sont] en première ligne ». Emanant du Figaro ou de la presse agricole professionnelle, ces propos n’ont vraiment pas de quoi rassurer.

Pourtant, l’introduction du rapport de l’Arc et de la Fnath souligne au contraire que « des études menées en Amérique du Nord et en Europe du Nord montrent que la mortalité par cancer, tous cancers confondus, est moins élevée chez les agriculteurs que dans le reste de la population ». Le Pr Goldberg, de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), et coordinateur du projet Arc-Fnath, a indiqué lors d’une conférence de presse que « des travaux internationaux [ont montré que] les cas de cancer au cerveau font exception ». C’est cette particularité qui a conduit l’Arc à chercher à établir un lien direct entre pesticides et tumeurs du cerveau, en réalisant la première enquête française en milieu agricole.

Or, après deux ans de recherches, qu’a-t-elle trouvé ? Exactement l’inverse de ce que l’on a pu lire dans la presse ! En l’occurrence, que face aux risques liés à l’usage des pesticides, les agriculteurs sont de loin les mieux protégés. « On observe une augmentation non significative du risque lorsqu’on considère l’exposition professionnelle. [...] En revanche, lorsqu’on considère les expositions environnementales, on observe une augmentation du risque significative dans la catégorie des sujets les plus exposés », affirme l’étude.

En clair : l’augmentation est non significative pour l’exposition professionnelle et significative pour « l’utilisation de pesticides dans les activités de jardinage », « l’utilisation d’insecticides au domicile » et « le fait de traiter des plantes d’intérieur ». Bref, tout ce qui relève des activités de loisir. C’est donc bien chez le « jardinier du dimanche » que l’équipe d’Isabelle Baldi de l’Université Victor Segalen-Bordeaux 2 a observé une augmentation significative du risque, et non chez les agriculteurs.

L’analyse des critères géographiques réalisée par l’équipe bordelaise confirme ces conclusions, et démontre le contraire de ce qu’affirme la presse au sujet des risques encourus par les agriculteurs. « La résidence en milieu rural n’apparaissait pas associée au risque de tumeur cérébrale, et montrait même une diminution du risque lorsqu’on considérait isolément les gliomes [tumeurs cérébrales] »,
peut-on lire dans la fiche de présentation de l’étude. Les agriculteurs professionnels vivant majoritairement en milieu rural sont donc ceux qui présentent le moins de risques !

Une bonne nouvelle qui aurait mérité d’être valorisée par la presse agricole...

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