Le Président Macron veut lancer sa révolution agricole
Edito de Gil Rivière-Wekstein
Le président Macron veut lancer sa révolution agricole
édito 31 | 10 | 2017

Le Président Macron veut lancer sa révolution agricole

Quand tout le monde s’accorde à dire que le modèle agricole actuel est arrivé à un tournant historique, le Président Macron invite l’ensemble de ses acteurs, des producteurs aux distributeurs en passant par l’industrie de la transformation, à « repenser une nouvelle France agricole ». « Ce que je souhaite (...), ça n’est pas de mettre en œuvre une série d’ajustements techniques (...), c’est que nous puissions décider collectivement d’un changement profond de paradigme », a indiqué le chef de l’Etat à Rungis le 11octobre dernier. « Tout ce travail auquel je vous invite, c’est celui qui consiste à ne pas vous promettre de concurrencer demain la ferme des 100000 vaches en Chine, ni le Brésil, l’Ukraine ou la Russie sur la gamme de poulets congelés. (...) Nous devons plutôt valoriser le Label rouge, travailler à la découpe, à la transformation de la volaille en France », a souligné le Président, affirmant son intention d’« arrêter des productions qui ne correspondent plus à nos goûts, à nos besoins ».

Cette révolution radicale serait construite autour de deux axes forts : des prix justes pour les producteurs, conjugués à une montée en gamme des denrées alimentaires pour garantir aux consommateurs une alimentation « saine, durable et sûre ». Difficile de s’opposer aux belles ambitions du Président de la République, qui admet toutefois ne pas vraiment avoir les clés en mains pour mettre en place un tel projet. Ce serait en effet à chaque filière, avec ses spécificités, de préparer et de proposer son propre plan de transformation. Et ce « d’ici la fin de l’année ». C’est lorsque les Dieux de l’Olympe prennent le temps de descendre sur terre que les choses se compliquent. Comme le note avec pertinence notre confère Gérard Le Puill dans un excellent article publié dans L’Humanité, « les choses ne sont jamais aussi simples quand il s’agit de vendre des marchandises périssables, et guère davantage pour celles qui se conservent d’une récolte à l’autre ». Tandis que le chef de l’Etat s’en remet à une meilleure organisation des filières, le journaliste de L’Humanité s’interroge sur « ce que peut faire « une organisation de producteurs » pour relever le prix du blé à l’exportation ». Il précise : « Pour nos clients, le taux de protéines des blés et le prix de vente sont les principaux critères d’achat. Les taux de protéines des blés du pourtour de la mer Noire sont généralement plus élevés que ceux des blés français et le taux de change élevé de l’euro par rapport au dollar ne favorise pas le blé français dans les pays tiers. Autant dire qu’une « organisation de producteurs » souhaitée par Emmanuel Macon n’aurait aucune efficacité pour vendre du blé à l’Egypte ou à l’Arabie saoudite ». Ce qui est vrai pour le blé vaut pour l’ensemble du secteur des grandes cultures, qui représente 45% de la surface agricole avec plus de 270000 exploitations. C’est même l’un des premiers secteurs d’exportation de notre pays. Faut-il l’abandonner ?

Par ailleurs, on peut s’interroger sur ce que signifie cette volonté de « monter en gamme » qui justifierait une meilleure rémunération. En effet, qui peut honnêtement penser que les productions issues de l’agriculture française – qu’elles soient bio ou conventionnelles – ne seraient pas déjà « saines, durables et sûres » ? Bref, notre jeune Président aurait-il, lui aussi, succombé à la Panique dans l’assiette ?

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