Le président, les Verts et les vers de terre

édito 11 | 12 | 2014

Le président, les Verts et les vers de terre

« Hollande veut se verdir », titre L’Express. « Comment Hollande s’est mis au vert », annonce le Journal du dimanche. Plus perplexe, la rédaction de Libération s’interroge quant à elle sur le caractère véritablement écolo du président, représenté avec un rouleau de peinture verte à la main à la une de son édition du 27 novembre 2014. Dans son récent ouvrage De l’intérieur, voyage au pays de la désillusion, Cécile Duflot estime pourtant que « François Hollande n’a jamais été écologiste ». « L’écologie ne fait pas vraiment partie de son périmètre intellectuel », résume-t-elle. Apparemment, l’ancienne ministre n’aurait pas réalisé que le chef de l’État est devenu écologiste dès son arrivée à la tête du pays, comme il l’a précisé lors de l’ouverture de la troisième conférence environnementale, le 27 novembre dernier.

En réalité, peu importe de savoir si François Hollande est sincère ou opportuniste. Le président mise sur l’écologie pour s’assurer que « Madame 3% » –c’est-à-dire son ancienne ministre du Logement– abandonne toute velléité de candidature à l’élection présidentielle de 2017. Il ne peut se passer, pense-t-il, des électeurs écologistes. En effet, jamais le spectre du 21 avril 2002 n’a autant hanté l’Élysée, Matignon et la rue de Solférino...

Tout ceci est une très mauvaise nouvelle pour le monde agricole ! Alors que l’écologie politique ne fait plus recette et que tout le monde s’accorde à vouloir redonner la priorité à la réindustrialisation de la France, François Hollande se croit obligé de donner quelques gages aux amis « décroissants » de José Bové et de Cécile Duflot. Ne voulant céder ni sur le nucléaire, ni sur son abandon de la fiscalité écolo-punitive, et ayant par ailleurs été mis en difficulté sur le dossier du barrage de Sivens, le président se réfugie dans la bataille beaucoup plus porteuse de la lutte contre les pesticides. « Un moratoire européen concernant trois néonicotinoïdes a été décidé à notre initiative. Nous irons plus loin et la France portera elle-même ce dossier au plan communautaire », a-t-il annoncé. Message reçu cinq sur cinq dans l’écolosphère, et notamment à la Fondation Nicolat Hulot, qui se réjouit de ces « bons signaux » tant attendus par la mouvance écologiste.

Stéphane Le Foll, le génial architecte de cette stratégie qui consiste à sacrifier ces produits maudits pour sauver le soldat Hollande –alors que l’apiculture française ne s’est jamais aussi mal portée en France que depuis leur interdiction ! –, s’est lui aussi exprimé lors de la conférence environnementale. Revenant sur son projet d’agroécologie, il a ainsi résumé sa grande révolution agricole du XXIème siècle : « Trois tonnes de vers de terre à l’hectare, cela vous remue 280 tonnes de terre. Pendant ce temps-là, vous n’avez pas besoin de labourer. » Faute d’avoir réussi à trouver un emploi aux chômeurs, le ministre de l’Agriculture ironise sur le fait que les vers de terre, « ça travaille tout le temps » ! Il est vrai qu’il ne peut pas en dire autant des Verts qui, eux, travaillent de moins en moins avec le gouvernement...

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