édito 22 | 08 | 2006

SAF : un livre blanc incomplet

Le 23 juin 2006, la Société des agriculteurs de France (Saf) a publié son Livre Blanc intitulé « La communication agricole vers le grand public ». Rédigé par un groupe de travail constitué en 2006, ce texte dresse un constat : « Côté agriculteurs, ce qu’il faut souligner, c’est le pessimisme ambiant et l’impression d’être le “bouc émissaire” des inquiétudes et interrogations de la société ».

Il note également le « manque de visibilité économique à moyen terme, un excès de réglementations, un rapport de forces déséquilibré avec l’aval de la production, un monde scientifique contesté et qui ne fait plus rêver, [et] des ONG anti-agriculteurs ». Pour ce qui est de l’opinion publique, « les procès intentés à l’agriculture ne sont pas toujours justifiés ». Or, pour l’équipe de la Saf, « le consommateur et le citoyen français devraient reconnaître qu’ils ne risquent plus de pénurie alimentaire, et que d’une manière générale, les agriculteurs leur fournissent une alimentation qui répond à leurs aspirations de santé, de plaisir et de bonheur, avec le maintien de paysages attrayants ». Pourquoi alors un tel décalage entre réalité et perception ? Les auteurs discernent essentiellement trois raisons à cette discordance : d’une part, « la communication de crise, sans anticipation, place l’agriculture sur le plan défensif » ; ensuite, « les actions de communication globale ont été trop souvent centrées sur l’événementiel et perçues comme des coups médiatiques sympathiques et sans lendemain » ; enfin, « beaucoup d’actions sont mises en place chaque année sans ligne stratégique ».

Partant de cinq principes d’action (« écouter, anticiper, mobiliser, fédérer, faire et faire faire »), l’équipe de la Saf propose de réorienter la communication autour de dix axes, parmi lesquels « l’alimentation et la sécurité sanitaire et alimentaire, les emplois agricoles, la valorisation des paysages, l’environnement, le bien-être animal [et] la qualité de vie ». En outre, « les agriculteurs doivent s’affirmer comme un élément de modernité et un moteur de la société. Cela suppose un changement d’état d’esprit, de ton, de style de communication, en affichant de l’optimisme, de l’humour, en suscitant l’envie et la fierté d’être agriculteur ». Pour la Saf, la toute récente création de l’Agence française d’information et de communication agricole et rurale (Aficar) « constitue une opportunité pour rassembler et coordonner l’ensemble des actions du monde agricole et rural ». Les auteurs du Livre Blanc espèrent ainsi voir leurs propositions rapidement intégrées dans la réflexion de la nouvelle agence.

Du point de vue de la communication, le Livre Blanc de la Saf cerne parfaitement le problème. Il ouvre des pistes de réflexion pertinentes. Cependant, on aurait pu s’attendre à un peu plus de créativité et d’ambition en ce qui concerne ses propositions. Car le véritable enjeu ne se situe pas dans quelques mesures de communication - aussi nécessaires soient-elles - mais dans la redéfinition d’une nouvelle mission pour l’agriculture de demain. Et cette mission ne peut être envisagée qu’en partenariat avec une société civile responsable et correctement informée des réalités d’un monde agricole moderne et performant. L’Europe doit-elle conserver son rôle d’exportateur en matière agro-alimentaire ? Comment concilier productivité, rentabilité et qualité ? A-t-on vraiment besoin des OGM ? Quel doit-être le rôle
de l’agriculture face à la grande distribution ? Voici quelques-unes des interrogations qui pourraient constituer le sujet d’un futur Livre Blanc de la Saf...

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