édito 18 | 09 | 2007

Un grenelle de l’innovation et de l’audace ?

S’il est une leçon à tirer de la flambée des prix des matières premières agricoles - qui rappelons-le ne fait que compenser plus de trente années consécutives de dépréciation -, c’est que le monde a plus que jamais besoin de ses agriculteurs. Le temps des montagnes de beurre et des jachères est bel et bien derrière nous. Comme l’a déclaré le président de la République Nicolas Sarkozy devant l’université d’été du Medef le 30 août dernier, « le monde n’a jamais eu autant besoin de production agricole et de sécurité alimentaire ». Le défi de l’agriculture de demain est immense : continuer à produire davantage, tout en diminuant la pression et les impacts sur l’environnement.

Or, inutile de tourner autour du pot : ce défi économique et écologique ne pourra être relevé que grâce à une révolution génétique des plantes(plus saines, plus productives, plus adaptées aux aléas climatiques, plus résistantes aux prédateurs),combinée à une amélioration des techniques culturales. Mais il faudra aussi un assouplissement de certaines contraintes qui, en France, bloquent la progression des rendements depuis environ dix ans.Pour les céréales, le rendement moyen en 2007 (66 quintaux/hectare) est même inférieur à celui des années précédentes (68 q/ha).

Comme le souligne Jean-Paul Renoux, de l’institut du végétal Arvalis, « depuis 2000, le progrès génétique, qui a permis une augmentation des rendements des grandes cultures d’environ 1 q/ha par an, est en panne, totalement absorbé par les contraintes comme l’accès à l’eau et la disparition de certains produits phytosanitaires, qui n’ont pas été remplacés ». En outre, voilà dix ans que la France traverse un véritable désert en matière d’innovation pour la protection des plantes ! Dans la lutte contre les ravageurs des grandes cultures, à peine deux nouvelles familles de molécules ont été autorisées depuis la mise sur le marché de l’imidaclopride en 1992 : les phénylpyrazoles (fipronil) et les pyridines carboxamides, représentés par une seule molécule au spectre étroit (anti-pucerons). En matière de désherbage, les dernières avancées technologiques d’envergure remontent au milieu des années 90, avec l’arrivée d’un nouveau mode d’action inauguré par la famille des tricétones. Et depuis : rien ! Et que dire du délicat dossier des OGM, dont le blocage par quelques irréductibles au service d’une idéologie malthusienne et anticapitaliste a paradoxalement abouti à donner à la firme américaine Monsanto, propriétaire du seul OGM autorisé en France (le Bt 810), une position de monopole ? Un comble pour les militants anti-OGM, et en particulier pour Jean-Pierre Berlan, directeur de recherches à l’Inra, qui n’hésite pas à montrer en privé le vrai visage de son opposition aux biotechnologies : « Je ne critique pas les OGM parce qu’ils nous font courir des risques, mais parce qu’ils sont le produit de cette économie capitaliste que je récuse ».

Or, que l’on adhère ou non au modèle de l’économie capitaliste, la clé de la réussite de la nouvelle PAC souhaitée par Nicolas Sarkozy - et du gigantesque défi de l’agriculture en général - réside précisément dans l’innovation, autrement dit dans la recherche, publique comme privée, théorique comme appliquée. La seule raison d’être du Grenelle de l’environnement est donc de faire sauter les verrous qui bloquent aujourd’hui la recherche et le développement. C’est-à-dire d’ouvrir la société civile à l’innovation et au progrès scientifique, à la raison et à l’audace, en la libérant d’un carcan dont les barrières sont l’ignorance et l’angoisse, quand ce n’est pas la pure idéologie.

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