édito 15 | 03 | 2006

Un peu de courage, Dominique !

Bayer CropScience est resté très discret sur le sujet, et la nouvelle n’a pas fait la une de la presse agricole. Comme s’il était préférable de ne pas en parler. Pourtant, c’est officiel, la clothianidine, substance active du Poncho - et cousine de l’imidaclopride, substance active du Gaucho -, a été inscrite par les autorités européennes sur la liste positive européenne, avec comme usage représentatif le maïs et la betterave.

C’est le premier traitement de semences de nouvelle génération qui réussit ainsi l’examen des experts européens. Les représentants des gouvernements des vingt-cinq Etats-membres de l’Union européenne ont estimé que la nouvelle molécule de la firme allemande répond parfaitement aux exigences européennes, et qu’utilisée correctement, elle ne représente aucun danger, en particulier pour les abeilles. La France, elle, s’est abstenue : ni oui, ni non ! La Confédération paysanne a immédiatement réagi au feu vert de Bruxelles, affirmant que la décision des experts de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Aesa/Efsa) aurait été prise « sous la pression des lobbies phytosanitaires ». Selon la traditionnelle théorie du complot, Bayer aurait corrompu les représentants européens et leurs experts, à l’exception du « Gaulois », résistant encore et toujours à l’influence des « Barbares ».

Reste que rien n’est acquis pour la France. Lors du dernier congrès de l’Association générale des producteurs de maïs en septembre 2005, Dominique Bussereau s’était engagé à « prendre pour la campagne 2006 une décision en procédure d’urgence après l’avis que [rendrait] le Comité d’homologation en octobre 2005 ». En d’autres termes, le ministre avait fait comprendre qu’il était prêt à accorder une autorisation de mise sur le marché provisoire pour le Poncho. Mais il aura suffi de l’intervention éclair d’une poignée d’apiculteurs militants pour que M. Bussereau fasse machine arrière, faisant savoir qu’il s’en remettrait au jugement de l’Aesa/Efsa. Or, maintenant que celui-ci est rendu, des sources proches de la rue de Varenne laissent à penser que le ministre serait tenté par un certain immobilisme. Il est vrai que les visites d’élevages de volailles monopolisent l’agenda du ministre de l’Agriculture, visiblement dépassé par une crise qu’il ne maîtrise pas davantage que le dossier des traitements de semences.

La décision de Bruxelles apporte cependant une nouvelle donne au paysage agricole français, et ouvre une sérieuse brèche dans la théorie des opposants au Gaucho. Si ces derniers estiment que la toxicité de l’imidaclopride et celle de la clothianidine sont très proches - en quoi ils n’ont pas totalement tort -, la conclusion qui s’impose est la suivante : les experts européens considérant pour leur part que le Poncho peut être utilisé en toute sécurité, il n’y a aucune raison qu’il n’en soit pas de même pour le Gaucho !

Avec un peu de courage, Dominique Bussereau peut donc sans difficulté lever la suspension du Gaucho et autoriser l’utilisation du Poncho, accordant ainsi aux agriculteurs français les mêmes droits que leurs collègues européens.

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