Une bombe ou un simple pétard qui fait pschitt ?

édito 22 | 10 | 2012

Une bombe ou un simple pétard qui fait pschitt ?

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« Il y a une bombe dans mon film », avait prévenu le cinéaste Jean-Paul Jaud sur Twitter, avant la sortie de son documentaire Tous cobayes !, prévue le 26 septembre. Or, dès le 7 septembre, le site Alerte Environnement a révélé qu’il s’agissait très certainement de l’étude du PrSéralini, financée par l’association CERES (fondée par l’ancien patron du Groupe Auchan, Gérard Mulliez) et par la Fondation pour le progrès de l’homme (FPH). La suite est connue : la publication des travaux de l’équipe de Caen a provoqué un véritable tsunami médiatique ! Il est vrai que l’agence de communication, Langage et Projets Conseils, avait parfaitement piloté l’opération. Notamment en confiant l’exclusivité de l’info à quelques journalistes prêts à mettre de côté – en tout cas pour quelques heures – leurs bonnes pratiques professionnelles. Ainsi, il leur a été interdit de vérifier le sérieux de l’étude, c’est-à-dire de consulter d’autres spécialistes. En revanche, de belles images bien effrayantes de rats atteints de tumeurs leur ont été gentiment livrées sur un plateau. Il ne restait plus qu’à choisir un titre-choc, et le tour était joué ! Pendant plus de 48 heures, le nom du Pr Gilles-Éric Séralini a circulé dans tous les médias. La messe semblait être dite, et la fin des OGM, à portée de main ! Même du côté de la rue de Varenne, on semblait se réjouir de pouvoir enfin disposer d’une étude confortant les réticences non dissimulées du ministre à l’égard des « OGM pesticides ». De son côté, Nathalie Kosciusko-Morizet n’a pas hésité à se féliciter du moratoire qu’elle a défendu, confondant allègrement au passage une variété tolérante au glyphosate et une variété résistante à la pyrale. Qu’importe ! L’heure était aux grandes envolées médiatiques.

Las ! Dès le 20septembre, le journaliste Hervé Kempf –qui ne cache pourtant pas son opposition aux OGM– lançait un premier avertissement à l’égard de l’équipe de Caen. « L’étude publiée le 19 septembre marque un tournant dans la carrière de M.Séralini. Si sa qualité est validée, il prendra une nouvelle stature. Sinon... », concluait-il bien sombrement. Or, la menace s’est révélée fondée. Une inhabituelle mise en cause du sérieux de l’étude a suivi sa publication, transformant aussitôt la bombe en pétard mouillé. Inhabituelle, par la rapidité de la critique. Inhabituelle aussi, par l’avis unanime d’un nombre impressionnant d’experts et de spécialistes, venus notamment d’instituts publics comme l’INRA et le CNRS. Inhabituelle enfin, par la précision des analyses démontrant les failles évidentes du protocole et de la méthodologie utilisés par Séralini.

Depuis, toutes les agences sanitaires sollicitées –dont l’Anses et le HCB– ont rendu des avis similaires à celui exprimé dès le 4octobre par la très sérieuse agence fédérale allemande, l’Institute for risk assessment (BfR), qui a réfuté sans nuance les conclusions apocalyptiques de l’équipe de Caen. De son côté, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) est parvenue aux mêmes résultats. Après avoir été perçu comme le grand sauveur de l’humanité, Gilles-Éric Séralini va donc devoir changer de costume. Pour son comité d’amis anti-OGM, il endossera l’habit de martyre du « lobby ». Pour les autres, il deviendra tout simplement le petit bidouilleur de Caen...

Gilles-Eric Séralini biotechnologie médias