édito 09 | 12 | 2008

Une cellule anti-ogm rattachée au parti radical ?

Officiellement, ni Jean-Louis Borloo, ni sa secrétaire d’État, Nathalie Kosciusko-Morizet, ne seraient hostiles aux biotechnologies végétales. Simplement, c’est par prudence que l’« OGM-pesticide » de la firme américaine Monsanto aurait été retiré du marché, en attente d’une meilleure évaluation scientifique ou que d’autres OGM, plus intéressants, soient proposés aux agriculteurs. Pourtant, au moment même des discussions du Grenelle de l’environnement, en septembre 2007, la conseillère spéciale du ministre en charge du Grenelle, Dominique Dron, a publié dans Le Courrier de l’Environnement une « compilation incomplète et subjective » d’éléments à charge contre les OGM – et pas seulement contre celui de Monsanto. Le seul « expert » français mentionné dans ce texte n’est autre que le militant Gilles-Éric Séralini, dont les travaux sur les OGM avaient pourtant déjà été invalidés par la communauté scientifique.

Dominique Dron n’est pas l’unique membre du cabinet du ministre à être clairement hostile aux biotechnologies. D’ailleurs, on pourrait se demander s’il n’existe pas au sein du ministère de l’Environnement (Meedat) une cellule anti-OGM directement rattachée au Parti radical – ce dernier ne cachant pas son opposition aux biotechnologies. En effet, Serge Lepeltier, membre (comme Jean-Louis Borloo) de l’exécutif du Parti radical, vient d’inviter lors de son « Petitdéjeuner » à l’Assemblée nationale la pourfendeuse des OGM Marie-Monique Robin, réalisatrice du documentaire Le monde selon Monsanto. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’association Valeur Écologie, qu’il préside, et dont le poste de secrétaire général a été confié à François Grosdidier, l’un des rares députés UMP à avoir voté contre le projet de loi sur les OGM. Certes, Valeur Écologie n’est pas très présente dans les médias (hormis à l’occasion d’un colloque sur l’eau financé par Véolia Environnement, Suez et Axa, en juin 2006). Cependant, elle semble ne pas être dépourvue d’influence au sein du Meedat. Parmi les membres associés de son comité directeur figure en effet Marie-Claire Daveu, qui cumule – ce qui n’est pas rien – les postes de directrice-adjointe de Jean-Louis Borloo et de directrice de cabinet de NKM. Avec un parcours partagé entre le public (en tant que conseillère du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, puis de Serge Lepeltier et de Xavier Bertrand) et le privé (chargée de mission chez Danone et directrice chez Sanofi-
Aventis
), Mme Daveu s’est rapidement imposée au cabinet de NKM. C’est à ce titre qu’elle a reçu le 31 juillet 2007 une délégation de huit faucheurs volontaires, dont José Bové et Jean-Baptiste Libouban, à qui elle a affirmé avoir « bien compris le message » – qu’elle allait d’ailleurs « transmettre rapidement » à son ministre. Cordial sans plus (la bise n’étant
pas encore de mise), l’entretien a duré plus de deux heures avant que NKM ne rencontre José Bové en tête-à-tête.

Bien qu’ayant un agenda très chargé, Marie-Claire Daveu anime aussi les Mardis de l’AIGREF [1], dont elle est vice-présidente. Ce qui lui permet d’offrir une tribune à divers membres de... Valeur Écologie ! Le 3 juillet 2007, elle a ainsi invité Serge Lepeltier, et le 5 février 2008, Yves Paccalet, également membre de l’association écologiste et auteur d’un livre au titre révélateur : L’humanité disparaîtra, bon débarras ! Seul le professeur Dominique Belpomme, membre du comité directeur, n’a pas encore reçu son invitation. En revanche, le 4 mars 2008, le Mardi de l’AIGREF était animé par le professeur Yvon Le Maho, rédacteur du rapport qui a servi à justifier la clause de sauvegarde sur l’OGM MON 810 auprès de l’Europe. Une mission que lui avait confiée... le Meedat !

[1AIGREF : Association professionnelle des ingénieurs du génie rural, des eaux et des forêts, et d’anciens élèves de l’Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts.

écologie politique

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