Une fronde bien populiste contre les OGM

édito 07 | 05 | 2009

Une fronde bien populiste contre les OGM

Selon la très conservatrice ministre de l’Agriculture allemande, Ilse Aigner, la suspension de la culture du maïs génétiquement modifié MON 810 « n’est pas une décision politique ». Elle aurait été prise le 14 avril 2009 suite à la révélation de « nouveaux éléments scientifiques ». Pour ce faire, les autorités allemandes se sont appuyées sur la lettre officielle de l’Office fédéral allemand pour la protection des consommateurs et de la sécurité alimentaire, qui date du 27 avril 2009 et cite non moins de 46 études. Ce qui fait en effet très sérieux. Mais voilà que seulement deux d’entre elles sont relativement récentes. La première date de février 2009 et concerne des essais en laboratoire effectués sur des larves de coccinelle Adalia bipunctata – un coléoptère par ailleurs parfaitement insensible à la toxine Bt sécrétée par le MON 810. La seconde a été publiée par le Pr Bohn en mars 2008 et porte sur les puces d’eau Daphnia magna. Citées dans l’avis français, ses conclusions ont déjà été largement réfutées par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Aesa), et ce dans les termes les plus sévères. « Les lignes directives admises internationalement pour les tests de reproduction chez les daphnies n’ont pas été suivies dans l’étude. En raison de ces faiblesses méthodologiques, l’Aesa estime qu’on ne peut pas dégager de conclusions quelconques sur des risques potentiels du maïs MON 810 à partir de cette étude », indiquent les experts européens.

Difficile de croire qu’il était si urgent de brandir le sacro-saint principe
de précaution et de suspendre l’OGM maudit de Monsanto, au motif d’une prétendue crainte quant à la reproduction des puces d’eau et des coccinelles. En revanche, du point de vue politique, il y avait beaucoup à gagner de cette décision. À la veille des élections européennes du 7 juin 2009, le parti démocrate chrétien bavarois (CSU), dont Ilse Aigner fait partie, doit en effet rassembler au moins 5 % de la totalité de l’électorat allemand pour siéger au Parlement européen. Or, il ne dispose que des seules voix bavaroises, ce qui rend l’objectif impossible à atteindre sans le vote agricole qui – à l’instar de son voisin autrichien – joue à fond la carte de l’agriculture « naturelle ».

Outre-Rhin, les premières réactions ne sont pas arrivées du monde agricole, peu concerné par le maïs transgénique. Elles sont venues de la communauté scientifique, qui a manifesté sa profonde révolte en adressant immédiatement une lettre ouverte signée par plus de 1 600 chercheurs [1] de biochimie et de biologie de l’Université de Potsdam, y déplore qu’« encore une fois, nous excluons d’Allemagne une technologie innovante au lieu d’encourager nos meilleurs jeunes scientifiques à s’engager dans ce domaine ». De son côté, le Pr Gabriele Krczal, directrice de l’Institut pour la recherche des plantes d’Agro Science GmbH, déclare : « Nous ne devrions pas mettre en péril le potentiel des biotechnologies par des débats pseudo scientifiques et passionnels résultant de décisions politiques en Allemagne et en Europe ». Les signataires regrettent que « de nombreux responsables politiques préfèrent se manifester avec des déclarations vagues et parfois populistes afin de créer des doutes et d’encourager la peur ». Bienvenue donc aux politiciens allemands dans le club de la démagogie...

[1www.gruene gentechnik-online.de . Le Pr Bernd Müller-Röber, de l’Institut

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