Y a-t-il une autre écologie que l'écologie technophobe ?

édito 13 | 04 | 2010

Y a-t-il une autre écologie que l’écologie technophobe ?

Certains observateurs politiques analysaient le silence et l’absence médiatiques de Jean-Louis Borloo comme une préparation discrète de sa nomination à Matignon. D’autres y voyait plutôt le signe d’un traumatisme post-Copenhague. Il est vrai qu’entre l’échec du Sommet sur le climat, la taxe carbone retoquée par le Conseil constitutionnel et la montée aux dernières élections régionales d’un vote écologiste plus acquis au Parti socialiste qu’à l’UMP, l’environnement n’est plus à la mode au sein du parti du président de la République. Cette désaffection a commencé avec les fameuses élections partielles de Rambouillet du 27 septembre 2009, où le candidat Vert a manqué l’investiture face au candidat UMP... à cinq voix près ! La déroute de l’UMP aux régionales de mars 2010 était donc bel et bien programmée. Depuis, il y a comme des changements dans l’air, le report sine die de la taxe carbone en étant l’un des signes forts. Alors que Chantal Jouanno, la secrétaire d’État à l’Écologie, se dit « désespérée que ce soit l’écolo-scepticisme qui l’emporte », Daniel Cohn-Bendit estime que « Borloo et Jouanno peuvent démissionner ». « Ils peuvent aller au chômage partiel », a même ironisé le chef de file d’Europe Écologie le mardi 23 mars 2010, n’hésitant pas à qualifier le gouvernement d’« amateur ». Il n’a pas entièrement tort. Car la grande erreur des fins stratèges de l’Élysée n’est pas tant d’avoir souhaité s’investir dans l’écologie que d’avoir conforté l’écologie politique de José Bové, de Corinne Lepage et de Cécile Duflot. Une écologie viscéralement technophobe et décroissante. Une écologie culpabilisatrice, dont les mots d’ordre sont restriction, contrainte, moratoire, interdiction, et qui demeure fondamentalement éloignée des valeurs du monde agricole.

Car ceux qui habitent la campagne savent que la nature doit être protégée, mais également apprivoisée. Pour y parvenir, l’homme a besoin d’outils performants, et non de mesures idéologiques. Et encore moins de moratoires. À l’opposé de cette écologie anxiogène – qui veut toujours interdire au motif qu’il faut sauver la planète –, il existe une écologie technophile, c’est-à-dire qui fait du progrès scientifique son allié et non son ennemi. C’est cette écologie qui doit être renforcée afin de donner à la société les moyens de répondre aux grands enjeux d’aujourd’hui et de demain : d’une part, le défi alimentaire, qui nécessite une production plus importante et de meilleure qualité, et d’autre part, le volet environnemental, avec la préservation et la bonne utilisation de la ressource aquifère ou encore la protection des écosystèmes et de la biodiversité végétale et animale.

Bien entendu, pour le partisan de l’écologie technophile, le génie génétique, la chimie et l’agriculture de précision font naturellement partie de la palette des outils indispensables. Une pomme de terre débarrassée de son amylose, un maïs qui résiste à la pyrale, un produit chimique sélectif utilisé à quelques dizaines de grammes à l’hectare, un système d’analyse en temps réel du sol permettant un usage différencié d’intrants, voici quelques-uns des nombreux exemples qui témoignent du lien indissoluble unissant la préservation de l’environnement et le progrès. L’innovation est bien au coeur de cette écologie scientifique, celle que le ministère de l’Écologie doit désormais réhabiliter, après ces trois années d’égarement...

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