Le programme pour l'agriculture de Nicolas Dupont-Aignant

#presidentielle2017 27 | 03 | 2017

Le programme pour l’agriculture de Nicolas Dupont-Aignant

Quelles seraient les 5 premières mesures que votre candidat compte mettre en œuvre pour relancer les filières en difficultés, en notamment l’élevage ?

L’instauration d’une exception agricole à l’OMC et dans tous les accords commerciaux sur le modèle de l’exception culturelle.

Renouer avec la PAC et ses trois volets : préférence communautaire, prix garantis et quotas.

Instaurer et maintenir au sein d’un tunnel « maximum-minimum » des prix garantis pour les grandes productions agricoles telles que les céréales, le lait ou les viandes, grâce à une régulation adaptée des productions et des marchés.

Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs par des incitations fiscales.

Alléger les cotisations sociales agricoles qui pèsent sur nos exploitations et leur font perdre des parts de marché notamment vis-à-vis de l’agriculture allemande.

La recherche agronomique a toujours été un vecteur de développement de l’agriculture. Mais aujourd’hui, elle semble en panne. Est-ce toujours une priorité et si oui, comment peut-on la promouvoir ?

La France a toujours été l’un des piliers de la production agricole européenne, mais les difficultés rencontrées par nos agriculteurs remettent dangereusement en cause ce statut. L’accroissement de la concurrence internationale (et au sein même de l’Union européenne…) de la part de pays ne respectant pas les mêmes normes sociales et environnementales que les nôtres, fait de la recherche et de l’innovation des priorités plus urgentes que jamais pour l’agriculture. L’État doit reprendre son rôle de moteur de l’innovation en France, en passant la barre des 3% du PIB alloués à la recherche dès 2019, contre seulement 2,2% aujourd’hui et 2,8% en Allemagne. Cet élargissement du budget R&D sera par exemple destiné aux principaux acteurs de la recherche agronomique comme l’INRA, le Cemagref, le Cirad et l’Ifremer. L’État stratège rebâti ciblera les technologies les plus cruciales sur les 30 prochaines années, aidé par un Commissariat aux filières d’avenir chargé de définir les filières à développer en priorité avec les dépenses publiques et d’évaluer l’implication de l’État nécessaire pour relever les enjeux de demain dans ces secteurs. Il faut aussi renouer le lien essentiel entre la recherche université et les secteurs productifs comme l’agriculture, en multipliant les partenariats entre le monde de l’entreprise, les universités et les centres de recherche.

Le monde agricole se sent paralysé par l’excès de norme. Votre candidat compte-t-il mettre en œuvre une simplification des normes et si oui comment ?

Aujourd’hui, l’État demande aux agriculteurs de concilier deux impératifs inconciliables : faire face à la concurrence de pays ne respectant aucune norme environnementale et produire avec toujours plus de contraintes. Accompagnons au contraire nos agriculteurs, soutenons leurs initiatives visant des objectifs de qualité et de durabilité. Le politique peut beaucoup en la matière : je ferai bloquer toutes les transpositions en droit français des normes absurdes de l’Union européenne, allant de la taille des escabeaux aux normes sur les fossés et cours d’eau, casse-tête incompréhensible pour les agriculteurs, harcelés par une administration qui, dans sa crainte obsessionnelle de sanctions, se montre plus pointilleuse que la Commission Il faut laisser un peu de place au bon sens des paysans pour alléger leur fardeau.

Quelle est la position de votre candidat sur les biotechnologies en général (OGM) et plus particulièrement sur la sélection assistée par marqueurs, sur la mutagénèse, et sur les nouvelles méthodes d’édition et de corrections du génome (Crispr/Cas9, etc…) ?

Les progrès de la science en matière d’ingénierie génétique suscitent des espoirs légitimes. La production alimentaire devra bientôt répondre au défi démographique, notamment, majeur, de l’Afrique – qui devrait compter, selon un rapport de l’Unicef, 4,2 milliards d’habitants en 2100 si le taux de natalité actuel ne fléchit pas ! Afin d’économiser les ressources de la planète, notamment hydriques, et de limiter l’usage des pesticides, nombreux sont ceux, notamment au sein de la communauté scientifique et des décideurs publics qui voient dans les OGM une solution inéluctable. Les divergences de vues entre les experts et l’opinion publique sont à cet égard frappantes. Il n’existe pas d’enquête de grande ampleur en France, mais aux États-Unis – certes bien plus directement confrontés que la France à la question – les chiffres sont sans appel : selon une étude du Pew Research Center, en 2015, 88% des scientifiques interrogés estimaient les OGM sûrs d’emploi… contre seulement 37% des Américains adultes.

Vue sous cet angle, la question se résume à un simple problème de pédagogie – le débat scientifique autour de la pertinence de la consommation et de la production d’OGM alimentaires semblant définitivement clos par ce consensus écrasant. Je prends pourtant la responsabilité de rester très prudent sur l’emploi et la commercialisation des OGM en France et dans le monde. L’économiste libano-américain N.N. Taleb et Raphael Douady, chercheur au CNRS, ont établi de manière convaincante que le principe de précaution – utilisé, il est vrai, dans d’autres domaines, de manière abusive et sclérosante pour l’innovation – doit s’appliquer aux OGM. Deux facteurs m’invitent à la prudence :

  • Des connaissances encore lacunaires en matière génétique. Chaque jour apporte son lot de découvertes dont nous ignorons encore l’ampleur à venir. Si le séquençage ADN de nombreuses espèces végétales et animales est aujourd’hui très détaillé, les conséquences des interactions entre les gènes comportent encore des zones d’ombre importantes, et l’approche top-down de l’ingénierie génétique ne me semble pas à même de les éclaircir à l’heure actuelle.
  • Par voie de conséquence, l’emploi à grande échelle d’OGM comporte potentiellement des risques systémiques qui invalident le calcul classique coûts/bénéfices appliqué dans n’importe quel autre domaine scientifique et technologique. Les OGM ayant tendance à être beaucoup plus robustes que les espèces végétales et animales éprouvées par l’évolution darwinienne et son processus de sélection naturelle, ce sont des espèces invasives. Comment évaluer l’ampleur de la catastrophe potentiellement planétaire s’il s’avérait qu’un certain nombre de ces espèces ne résiste pas, sur le long terme, à un environnement donné, ou si elles se révélaient finalement toxiques pour la santé ?

Toute recherche n’est évidemment pas à exclure, mais elle doit se faire dans un cadre strictement contrôlé qui empêche toute propagation.

Les incertitudes économiques n’ont jamais été aussi fortes avec une valse de prix agricoles extrêmes. Comment votre candidat envisage-t-il de stabiliser, et d’augmenter, le revenu des agriculteurs ?

La financiarisation de l’agriculture française a entraîné une volatilité des prix qui aujourd’hui fait mourir notre agriculture. À cela s’ajoute la multiplication des intermédiaires qui réduit leurs marges. Outre la garantie des prix et le système du tunnel « maximum-minimum » que j’ai évoqué plus haut, il faut privilégier les circuits courts dans le domaine agricole (la vente directe du producteur au consommateur ou vente indirecte à condition qu’il n’y ait qu’un seul intermédiaire) afin de faire baisser les prix pour les consommateurs tout en augmentant les marges des producteurs. Pour favoriser une consommation responsable au service de nos agriculteurs, je propose enfin la création d’un label unique « Fait en France », pour donner une visibilité accrue aux entreprises agricoles et alimentaires françaises et favoriser les produits à l’exportation.

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