questions/réponses 16 | 04 | 2007

Les bienfaits du kiwi bio

Lecteur d’Agriculture et Environnement depuis plus d’un an, j’apprécie tout particulièrement vos dénonciations des idées reçues et du catastrophisme médiatique. En revanche, je suis en désaccord avec vous sur l’agriculture bio, que je pratique depuis de nombreuses années. C’est une agriculture complexe, qui exige un savoir-faire et des techniques modernes, et qui respecte l’environnement. Je ne suis pas nutritionniste, mais le bon sens veut que les produits issus de l’agriculture bio soient meilleurs pour la santé. D’ailleurs, n’est-ce pas ce que vient de démontrer une étude comparative entre kiwi conventionnel et kiwi bio ?

A. Marchand, Oise.

REPONSE D’A&E

A&E n’est en rien opposée à l’agriculture biologique. Au contraire, elle soutient que c’est à travers cette filière que l’on peut trouver des produits d’excellente qualité gustative, grâce au savoir-faire des agriculteurs bio, particulièrement attentifs à leurs produits. Cependant, elle est convaincue que les agriculteurs qui ont choisi des filières conventionnelles sont tout aussi soucieux de la qualité de leur travail. A&E s’insurge en revanche contre les raisonnements simplistes qui associent l’agriculture bio à d’éventuels bénéfices pour la santé. Suivant l’exemple de certaines campagnes de l’industrie alimentaire, de nombreux militants d’associations de défense de l’agriculture bio abusent en effet de cet argument, à tel point qu’aujourd’hui, plus de 94 % des achats bio s’effectuent sur la base de ce postulat erroné.

Le cas du kiwi bio, largement médiatisé, en est un exemple flagrant. De nombreux médias, s’appuyant sur les résultats d’une étude californienne publiée le 26 mars dernier dans Chemestry and Industry, et réalisée par Maria Amodio et Adel Kader de l’Université de Davis (Californie), se sont empressés de présenter le kiwi bio comme étant « meilleur pour la santé » que le kiwi conventionnel. Pourtant, la réalité est autrement plus complexe. Les chercheurs californiens ont en effet fait pousser les kiwis côte à côte dans le même verger, en utilisant les deux modes d’agriculture, bio et conventionnelle. Récoltés au même moment, les kiwis ont été analysés tant au niveau de leur goût que de leur texture, leur forme, leur couleur et leur teneur en composés minéraux (polyphénols, vitamine C et autres antioxydants).

Côté goût, c’est plutôt la déception : kiwis bio et conventionnels présentent les mêmes valeurs en acides organiques et en sucres. Les kiwis bio sont plus petits, avec une peau plus épaisse. En revanche, leur concentration en polyphénols et autres antioxydants est largement supérieure à celle des kiwis conventionnels. L’étude suggère que les pesticides utilisés dans l’agriculture conventionnelle pourraient être à l’origine de la baisse de concentration en antioxydants. Non protégés par les pesticides, les kiwis bio développeraient davantage leurs mécanismes de défense, ce qui stimulerait leur production d’antioxydants et de toxines (ces dernières n’ayant visiblement pas été analysées dans l’étude californienne). Ce phénomène, dit de stress, est parfaitement connu. Il a d’ailleurs fait l’objet de nombreuses études, dont celle de Asami et al. (2003), citée dans A&E de février 2007.

Dans un article intitulé Le Mythe des radicaux libres, publié dans La Recherche de mars 2007, Aleksandra Trifunovic, chercheuse à l’Institut Karolinska de Stockholm, estime cependant qu’une alimentation légèrement plus riche en antioxydants n’a pas vraiment d’effet sur la santé. « Il semble que la plupart des antioxydants ajoutés à l’alimentation d’animaux en laboratoire en bonne santé n’aient pas abouti à une augmentation de la durée de vie de ces derniers », explique-t-elle. « Rien de très surprenant », confirme le Dr Catherine Thillier-Gasc, médecin à Angers, rompue à ces questions : « Lorsque les antioxydants sont trop présents dans un régime alimentaire, l’organisme réduit sa propre production naturelle ». Et d’avertir : « En revanche, lorsqu’un certain seuil quantitatif est dépassé, il est démontré qu’il y a souvent des risques de surmortalité d’origine cardiovasculaire ou cancérologique ».

Des dizaines d’études réalisées aux Etats-Unis - où l’industrie parapharmaceutique exploite habilement l’obsession pour la santé de millions de personnes, en leur vendant alicaments et pilules multivitaminées en tout genre - ont révélé que dans le meilleur des cas, un apport à haute dose d’antioxydants n’a aucun effet positif (1). Pire, de nombreux travaux soulèvent de fortes interrogations quant à d’éventuels risques d’une telle surconsommation. C’est le cas de l’étude du Dr Edgar R. Miller, du Welch Center for Prevention de Baltimore, qui porte sur plus de 135 000 participants issus de 19 cliniques différentes. Ses conclusions sont sans équivoque : « Les suppléments de vitamine E en haut dosage (> 400 mg/jour) peuvent augmenter toutes sortes de mortalités. Ils devraient donc être évités. » (2)

Certes, les contenus en antioxydants des alicaments et autres pilules miracles n’ont rien à voir avec les quelques milligrammes supplémentaires qu’un consommateur de kiwis bio ingèrera au sein d’un régime équilibré. Pour ce dernier, il n’y a donc aucun risque... tout comme pour celui qui se contentera des kiwis conventionnels, traités avec des produits de synthèse !

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