Jean-Paul Fitoussi / La nouvelle écologie politique

revue de livre 16 | 12 | 2008

Jean-Paul Fitoussi / La nouvelle écologie politique

Dans un remarquable ouvrage intitulé La nouvelle écologie politique, deux économistes français de renom, Jean-Paul Fitoussi et Éloi Laurent, répondent aux adeptes de la décroissance en rappelant les principales réfutations des théories malthusiennes. Ces théories sont présentes dans le débat économique depuis Adam Smith (1723-1790) et David Ricardo (1772-1823). Or, l’histoire de l’économie a toujours apporté un cinglant démenti à Malthus. « Le niveau de vie moyen de l’humanité a davantage augmenté entre 1990 et 2000 qu’entre l’an 1 de notre ère et 1820. Plusieurs milliards d’individus sont ainsi sortis de la misère ou sont sur le point de s’en extraire », notent les auteurs, qui s’interrogent sur cette « malédiction de la prospérité » encore aujourd’hui brandie par l’écologie politique.

MM. Fitoussi et Laurent rappellent que dès les années 1960, l’économiste Simon Kuznets avait opposé un argument fondamental au malthusianisme : « S’interrogeant sur les aspects positifs et négatifs de l’accroissement de la population mondiale, Simon Kuznets remarque d’abord que la croissance de la population semble s’être accompagnée de la croissance de la production totale (PIB), et non de sa baisse, et même, note-t-il, de la croissance des niveaux de vie, c’est-à-dire du PIB par tête ». Pour Kuznets, c’est la « dynamique intellectuelle qui transforme la malédiction démographique en bienfait ». « La croissance économique est fonction de la croissance du stock de savoir utile. Dès lors que, dans le cadre de mes hypothèses, la croissance démographique accroît de manière proportionnelle le nombre de créateurs de savoirs nouveaux, il doit en résulter une croissance au moins proportionnelle du stock de savoir utile, et donc, une croissance par habitant au moins aussi forte qu’à la période précédente », écrit Kuznets. Pour illustrer cette théorie, les auteurs ont comparé le coût du traitement de l’information dans les pays de l’OCDE entre 1890 et 2000. Le coût d’opérations aussi basiques que les additions et les multiplications a été évalué à 19.700 dollars par million d’opérations en 1890, contre 30,5 dollars en 1950 et 0,0000000729 dollar en 2000. « La mise en place des calculatrices électro-mécaniques entre 1890 et 1900 explique un premier décrochement brutal ; puis celle des ordinateurs entre 1940 et 1950, un second effondrement de ces coûts. Au terme de la période considérée, après un siècle de progrès technique, ceux-ci tendent clairement vers zéro », notent les deux économistes.

En clair, si la limitation des matières premières de la planète et la dénaturalisation des espaces terrestres et maritimes marquent dans un sens restrictif le développement de l’humanité, la croissance des connaissances et donc du progrès technologique – dont la seule limite est celle de la créativité humaine – doit également être prise en compte. « Les perspectives d’évolution de notre système de développement tiennent en partie à l’espace aménagé entre ces deux processus dynamiques », estiment les auteurs, qui renvoient dos-à-dos « certains “progressistes” qui semblent toujours plus sensibles aux sirènes de la décroissance et du renoncement au progrès » et « certains “conservateurs” qui succombent trop facilement à l’idée que la conjugaison du marché et de l’innovation technique suffirait à régler toutes les difficultés ». La troisième voie – celle qu’ils préconisent – consiste à « penser l’économie, le politique et l’écologie, non seulement comme des systèmes ouverts les uns aux autres, mais comme se déterminant réciproquement ». C’est donc en assumant la modernité que les hommes pourront au mieux protéger leur environnement, étendre les libertés ndividuelles et réduire les injustices – seul domaine dans lequel la décroissance s’impose.

La nouvelle écologie poltique
Jean-Paul Fitoussi & Eloi Laurent
La République des Idées/seuil
septembre 2008 - 11,50€

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